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Les étudiants comoriens manifestent pour leurs droits

Les étudiants comoriens manifestent pour leurs droits

 

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Les étudiants manifestent à l’UDC ©Ali Abdallah

Les forces de l’ordre sont intervenues à l’université des Comores (campus de Mvuni) ce matin pour réprimer une manifestation des étudiants, cela quelques semaines après les manifestations des élèves des lycées de la Grande-Comore.

Les étudiants ont avancé plusieurs revendications, notamment sur un tableau noir sur lequel on pouvait lire écrit en gros : « Irresponsabilité ». L’irresponsabilité dénoncée est celle de l’administration de l’Université. Les dysfonctionnements dont se plaignent les étudiants existent depuis de nombreuses années. A tel point qu’on se demande pourquoi ce n’est que maintenant qu’ils se soulèvent. En tout cas, si on en croit l’un d’eux, joint par la rédaction de Mlimengu ce matin, l’intervention de la gendarmerie ne risque pas de les décourager car ils sont déterminés à obtenir satisfaction.

D’abord les étudiants réclament leurs diplômes car, aussi incroyable que cela puisse paraître, depuis la création de l’Université en 2003, les diplômes obtenus n’ont jamais été délivrés. Depuis plus de dix ans les étudiants quittent l’université ou partent à l’extérieur parfaire leur formation avec des attestations.

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Face aux forces de l’ordre ©Ali Abdallah

Ensuite, ils veulent plus de transparence dans leur notation. En effet, ils ne peuvent avoir accès aux copies de leurs épreuves pour constater, au moins, que la note qui y est portée est celle introduite dans l’ordinateur. L’enseignant chargé de cette tâche peut donc mettre ce qu’il veut. C’est une des explications qui avaient été données lors de l’affaire des « Notes Sexuellement Transmissibles », par laquelle les Comoriens apprenaient que certains enseignants « sortaient » avec leurs étudiantes en échange de bonnes notes. Malheureusement, au lieu de rendre plus transparentes les notes des élèves, la direction a préféré employer toute son énergie à défendre les professeurs mis en cause (entachant ainsi la réputation de tous), alors qu’elle avait puni sévèrement les étudiants concernés en les excluant et en leur interdisant de passer des examens. Comme s’il pouvait y avoir des corrupteurs sans corrompus.

Les étudiants réclament également une cantine car ils sont obligés de descendre en ville à Moroni pour pouvoir manger. Pourtant, un projet de restaurant pour les étudiants avaient été proposé par un originaire de Mayotte, il y a quelque temps. On ne sait plus ce qu’il est devenu. De même, il a été prévu des possibilités de logement sur place, mais le bâtiment qui devait servir aux chambres universitaires a été transformé en hôtel.

Les étudiants demandent donc que l’État prévoit au moins une réduction au niveau des transports pour aller jusqu’à Mvuni. On se rappelle qu’au début, il y avait des bus spéciaux pour les y amener. Que sont-ils devenus ?

C’est après s’être rassemblés dans la matinée et avoir pris la décision de marcher pacifiquement jusqu’à Moroni que les étudiants ont été bloqués au niveau de Mavinguni par les forces de l’ordre. Les gendarmes ont lancé des grenades lacrymogènes et auraient même fait feu avec leurs armes.

Trois étudiants ont reçu des coups de matraques et ont été amenés à l’hôpital. Un gendarme a été également blessé.

Avec ce nouveau mouvement social qui, arrive un jour après le départ du président Ikililou Dhoinine vers le Koweit, c’est encore une fois la cocotte minute comorienne, longtemps maintenue fermée qui s’ouvre. Quand le gouvernement comprendra-t-il qu’il faut agir avant qu’il ne soit trop tard ?

Mahmoud Ibrahime

Manifestations des lycéens à Moroni

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Un millier de manifestants

 Au troisième jour des manifestations des élèves des lycées et collèges de Ngazidja, un événement exceptionnel est arrivé puisque le Ministre de l’Education, Mohamed Abdoulkarim a été retenu en otage dans le lycée par les élèves pendant près de 5 heures de temps avant d’être relâché après signature par un Secrétaire Général d’un engagement à résoudre les problèmes actuels.

Il semble que ce soit à la suite d’une demande des élèves que le Ministre s’est rendu au Lycée pour discuter avec eux. Suite à un malentendu, cet acte de courage de la part de ce jeune ministre a été suivi par une prise d’aotage.

On rappelle que lundi, alors que les enseignants avaient décidé de mettre fin à leur sit-in commencé devant le lycée depuis vendredi, ce sont les élèves qui ont soudainement pris la relève pour demander que le gouvernement et les enseignants trouvent une solution pour mettre fin aux arrêts de cours trop fréquents. Les élèves étaient très nombreux dans les rues de Moroni, appelant à la démission du Ministre des Finances, Mohamed Ali Saïd alias Mamadou.

La manifestation, au départ pacifique, s’est poursuivie en fin de matinée par des affrontements avec les gendarmes. Selon de nombreux témoignages, les militaires ont fait un usage disproportionné de la force. Les images diffusées aussitôt sur les réseaux sociaux montraient des gendarmes coursant des enfants dans les rues de Moroni, et obligeant certains d’entre eux à sauter dans la mer. Cela a failli coûter la vie à une jeune fille actuellement hospitalisée à l’hôpital Al-Maaruf.

 

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Un gendarme poursuivant un enfant ©Oustadh Padre

Selon, le commandant de la gendarmerie, Abdallah Rafick, cité par l’agence HZK, il y aurait eu une trentaine d’élèves interpellés et près de 120 qui se sont rendus spontanément à la gendarmerie en signe de solidarité avec leurs camarades. Aujourd’hui, seulement sept élèves seraient susceptibles de passer devant un juge, mais sans que la police n’explique pourquoi ces sept là sont plus coupables que le millier qui manifestait.

C’est véritablement un coup de semonce que le gouvernement vient de recevoir, mais le comprendra-t-il ? Au-delà de la prise d’otage que personne ne peut valider comme moyen de négociation, nous avons le sentiment que le gouvernement est dans une bulle et pense que la paix dans la société comorienne est un acquis inébranlable. Or il existe trop de motifs de révolte et certains adultes opportunistes et embusqués sont prêts à faire feu de tout bois.

Mahmoud Ibrahime