manifestations

La montée des mécontentements populaires Comores

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Manifestations des étudiants

Le gouvernement du président IKILILOU est confronté à un malaise social, qui risque de s’amplifier dans les jours à venir. L’opération « Ile morte » organisée par plusieurs associations de la société civile le 29 octobre dernier en est une illustration évidente. La raison était cette fois le raz-bol des délestages à répétition de la MAMAWE, la compagnie de distribution d’eau et d’électricité dans l’île. Ces délestages intempestives affectent leur vie quotidienne mais aussi leurs activités économiques.

D’autre part le torchon brûle entre les enseignants et le gouvernement au sujet des arriérés. Puisque les caisses de l’Etat sont vides le gouvernement a du mal à payer chaque mois. Cela nous ramène à la problématique des finances publiques. La masse salariale mensuelle est très élevée par rapport aux recettes de l’Etat. La fonction publique comorienne est l’homme malade de tous les gouvernements successifs. On peut décliner quelques maux qui touchent cette fonction publique : le gonflement des effectifs et des dépenses, la diminution du pouvoir d’achat des fonctionnaires qui engendre l’absentéisme, le laxisme, la corruption et l’incompétence, etc.

Un autre mal chronique entache l’image du pays : l’endettement abyssal du pays qui est de l’ordre de 88.459 milliards de francs comoriens malgré les allègements de la dette comorienne de 50% par le fond monétaire arabe (Fma). De plus, la banque mondiale et le fond monétaire internationale ont décidé d’effacer une partie de notre dette extérieure d’un montant de 133 millions d’euros.

Par ailleurs, l’opposition politique va tenter de récupérer ce mécontentement pour déstabiliser le président actuel à moins de deux ans de la fin de son mandat, alors qu’il n’est pas sûr que son successeur débloque la situation après 2016. L’élection d’un nouveau président suscite toujours de nouveaux espoirs, mais ce sont les désillusions et le désespoir qui prennent le dessus après l’euphorie des premières années de pouvoir de l’équipe en place.

Puisque l’économie de l’archipel repose sur des produits de rente qui rapportent peu à l’Etat en matière des recettes, il faut que nos économistes proposent aux autorités politiques de nouvelles taxes telles que la taxe d’habitation, la taxe foncière pour augmenter les recettes. Dans beaucoup de pays d’Afrique, ces taxes sont en vigueur. La taxe d’habitation, à titre d’exemple, au Bénin, est appliquée pour toute maison finie et peinte.

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

Les Comoriens ne peuvent plus manifester

Le gouvernement comorien a décidé d’interdire toute manifestation politique jusqu’aux élections qui devraient avoir lieu (à moins d’un nouveau changement de dates) en février 2015.

C’est par un curieux document, portant l’entête de « Note circulaire » signé par le Ministre de l’Intérieur Houssen Hassan Ibrahim que le Gouvernement comorien a appris à la population « que toute manifestation à caractère politique est interdite jusqu’à l’ouverture de la campagne électorale ».

"Note circulaire" du Ministre de l'Intérieur Houssen Hassan Ibrahim

« Note circulaire » du Ministre de l’Intérieur Houssen Hassan Ibrahim

Il est difficile de comprendre les intentions véritables du gouvernement comorien. Toutefois, il est probable qu’une peur irrationnelle s’est emparée de l’exécutif, après une journée « île morte » à la Grande-Comore, initiée par la Fédération des Consommateurs comoriens et son président Mohamed Said Abdallah Mchangama. Cette action très suivie dans l’île a bloqué la circulation et les commerces toute la journée du 29 octobre.

Les événements qui se sont déroulés au Burkina Faso, pendant lesquels le président Blaise Compaoré a été contraint à la démission par des manifestations de la société civile appuyée par les partis d’opposition ont pu faire craindre à l’exécutif comorien des débordements.

Cette note circulaire a eu à s’appliquer dès ce 1er novembre, alors que le parti Juwa de l’ancien Président Ahmed Sambi organisait un meeting à l’occasion du premier anniversaire de sa création à Moroni. Certains militants ont dû faire face à la gendarmerie qui leur interdisait l’accès au lieu prévu pour cette manifestation « politique ».

Ce parti se plaint d’ailleurs depuis plusieurs mois de faire les frais de tracasseries administratives aussi bien à Anjouan qu’à la Grande-Comore, à chaque fois qu’il veut organiser un meeting. Il y a quelques jours, il a dû se replier dans le domicile de son président d’honneur pour débuter les festivités de l’anniversaire de sa création.

Ahmed Barwanne, ancien Ministre de l'Intérieur du Président Sambi

Ahmed Barwanne, ancien Ministre de l’Intérieur du Président Sambi

Certains observateurs de la vie politique, tout en condamnant ces restrictions aux libertés publiques reconnues par la Constitution comorienne, n’ont pas manqué de rappeler que c’est le gouvernement d’Ahmed Sambi qui a commencé à restreindre les droits civiques en interdisant par un arrêté du Ministre de l’Intérieur Ahmed Barwane, aujourd’hui un des leaders du parti Juwa, toute manifestation en dehors des campagnes électorales. Ce matin, le même Ahmed Barwane s’est retrouvé en face des militaires chargés d’interdire l’accès au domicile de la famille Said Ibrahim où avait lieu le meeting. Il n’a sans doute plus la même vision de la liberté d’expression, maintenant qu’il est dans l’opposition.

Cette « Note circulaire » présage-t-elle de la manière dont le pays va être dirigé jusqu’à la fin du mandat du président Ikillilou Dhoinine ? En effet, l’exécutif pourrait être tenté de conduire le pays par des décrets et ordonnances, alors que les élections législatives ont été reportées à plusieurs reprise et que, selon un arrêt de la Cour Constitutionnelle, les députés n’ont plus aucune légitimité, leur mandat étant arrivés à terme. Une circulaire est souvent un texte explicitant pour les fonctionnaires une loi adoptée par le parlement. Or, la « note circulaire » du Ministère de l’Intérieur n’explicite aucune loi votée mais informe simplement la population d’une décision prise par l’exécutif, en dehors de tout cadre légal et en foulant aux pieds la Constitution du pays.

Mahmoud Ibrahime

Grève des étudiants à l’Université des Comores

Grève des étudiants à l’Université des Comores

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Les étudiants manifestent à Mvoun. © Ali Abdallah

Deux semaines après la grève des lycéens, les étudiants du campus universitaire de Nvouni ont observé ce mardi 25 mars un arrêt de cours, suivi d’une marche vers la capitale. Mais la force publique s’est interposée en s’employant à stopper cette marée humaine qui allait déferler vers Moroni. Des heurts ont eu lieu entre la police et les étudiants et sont soldés par l’arrestation de plusieurs étudiants.

Il faut savoir que le site de Nvouni abrite près de 3000 étudiants, soit la moitié de l’effectif des étudiants de l’université des Comores. C’est l’Union des étudiants de l’université des Comores, un groupement alors inconnu de l’administration, qui a été à l’origine du mouvement. Il a fait savoir ses revendications en adressant un courrier en date du 19 mars à certains responsables du site de Nvouni, ainsi qu’à la présidence de l’université en déplorant « l’aliénation » des droits des étudiants. Ce collectif exigeait que « les maux dont sont victimes les étudiants soient endiguées » et énumérait une liste de revendications dont il « implorait la réalisation » avant le lundi 24 mars, sinon les étudiants allaient exprimer leurs « mécontentements en arrêtant les cours jusqu’à nouvel ordre ». Les revendications sont axées sur les conditions de transports, l’absence de sanitaires dans le campus, le dysfonctionnement de la mutuelle de santé et surtout l’incapacité de l’université à délivrer les relevés de notes et les diplômes.

Il faut reconnaitre que les autorités universitaires ont fait preuve d’une négligence en n’ayant pas daigné recevoir ces étudiants avant la date butoire. Situé dans les hauteurs de l’île, le site de Nvouni n’est pas facilement accessible pour des étudiants dépourvus de moyens financiers conséquents et qui ne bénéficient d’aucune assistance financière de la part de l’Etat. Aucune disposition n’est prise pour assurer leur transport vers le campus. Les conditions de vie dans le site sont ardues. Outre le fait que l’électricité manque toujours aux heures de cours, le site n’est pas raccordé à l’internet et ne dispose pas de restaurant universitaire.

Le campus de Nvouni connait une surpopulation étudiantine à tous les niveaux, avec des salles exigües dépourvus de sonorisation.

Les responsables des étudiants ont fini par être reçus dans la journée par les responsables de l’université en présence du directeur de cabinet du ministre de l’enseignement supérieur. Après des heures de négociation, les responsables de l’université se sont engagés à honorer toutes les revendications des étudiants, même si aucun protocole d’accord n’est établi. Les étudiants ont exigé avant toute reprise des cours la libération de leurs camarades détenus dans les locaux de la gendarmerie. Il faut dire que toutes les conditions sont réunies pour qu’un jour cette cocote minute explose. Et nos autorités ne diront pas qu’elles n’auront pas été averties.

Mlimengu

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