Mayotte

Hommage

Des morts et des questions

 

Samedi 20 août 2017, quelque part en région PACA. Il est dix ou onze heures, je ne sais ; devant mon ordinateur ce matin là, j’écris, je cris comme d’habitude. J’ai pour habitude de crier le mal qui frappe mon pays, un pays spolié, un pays oublié.

Soudain, mon téléphone vibre. J’ai raté l’appel. J’eus à peine le temps de vérifier l’identité de mon correspondant quand soudain, il se mit là aussi à vibrer. Mon cœur palpite, quelque chose de grave, en tout cas de pas ordinaire, se produit. Je rappelle, la boule au ventre, les personnes qui essayèrent de me joindre. Et là, c’est l’effroi. C’est bien ce que je craignais. C’est dramatique. Un kwasa-Kwasa, ces embarcations meurtrières, a coulé au large de Mayotte en provenance de l’île d’Anjouan. Deux cousins ont péri et avec eux, près de vingt personnes (tous des Comoriens) sont mortes noyées.

Mandza et les Comores en larmes

 

Mohamed Assoumani et Nassur Said Mhadji respectivement connus sous les noms de GOVEA et de DJ SILVA sont deux jeunes très appréciés à Mandza et nationalement connus. GOVEA est tout simplement l’ancien bassiste de l’ASMUJEM, cet orchestre musical qui a fait danser les Comores à travers notamment les voix de Farid SAID et de Boinaid MOHAMED dans les années 1990. DJ SILVA lui, n’est autre que le petit frère de Farid SAID. Les plus jeunes d’entre nous le connaissent pour ses chansons de zouk qui, aux dires de ceux qui l’écoutent, font enivrer plus d’un. Les Comores perdent d’immenses musiciens.

Mandza pleure des jeunes très dynamiques, investis dans le développement du village. Des travaux de rénovation du village aux différentes activités culturelles, GOVEA et SILVA ont toujours répondu à l’appel avec l’humour qui caractérise le premier et le calme qui distingue le deuxième. On s’est tous déjà éclaté devant une blague de GOVEA et on a tous, au moins une fois, déjà évoqué le caractère très réservé de SILVA qui a fait de lui, un homme sans histoire jusqu’à son départ prématuré. On se souviendra longtemps de ces deux hommes au destin tragique, on n’oubliera jamais ces deux musiciens disparus un soir enchanté de toirab, un jour de grand mariage ; un mariage pas comme les autres, celui de l’oncle de SILVA. Ils ont tellement donné à la musique comorienne et à la chanson de Mandza qu’ils ne pouvaient partir que la nuit d’un samedi animé, jour de toirab quelque part dans un Bagwe à Mandza. Mandza est en deuil, Mandza pleure.

 

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Les morts de trop?

 

« Le Kwasa-Kwasa pèche peu. Il amène du Comorien.»  Cette sortie malheureuse du président Macron, nous l’avons tous combattue. Mais derrière cette regrettable déclaration, se cache une triste réalité. Nombreux sont les Comoriens qui risquent leur vie en empruntant le périlleux chemin maritime qui mène à Mayotte depuis Anjouan. A partir de 1995, les drames humains qui se produisent dans ce bras de mer, ne cessent de se multiplier. On compte à ce jour, plus de 12000 morts parmi les Comoriens, des Comoriens qui, au total, n’atteignent pas encore le million d’habitants.

Face à cette véritable catastrophe, les Comores semblent impuissants. La communauté internationale également. A quand des assises nationales ou, rêvons plus grand, internationales sur ce véritable mouroir qu’est devenu l’Océan Indien ? Cette partie du globe se vide peu à peu et dangereusement de sa population ; cela se passe sous nos yeux et personne ne semble s’en soucier.

Réagissons. Mobilisons-nous. Rester de marbre sur une question aussi dramatique, c’est humainement inacceptable. Nous perdons constamment pères, mères, frères et sœurs. Il est même des cas larmoyants où des femmes enceintes, accompagnées d’enfants en bas âge, prennent les kwasa-kwasa. Voilà qui nous pousse à nous mettre dans la tête des candidats au départ pour comprendre ce qui s’y passe.

Dans la peau de ceux qui partent

 

Que se passe-t-il dans la tête d’une mère qui part d’Anjouan vers Mayotte à bord d’un kwasa-Kwasa? Que se passe-t-il dans la tête d’une femme enceinte qui engage sa vie et celle de ses futurs enfants ? Que se passe-t-il dans la tête d’un frère qui, après avoir perdu un proche, décide de reprendre le chemin de la mort ? Sans doute, la décision de prendre ces embarcations n’est elle pas anodine. C’est le fruit d’un profond désarroi.

Les personnes qui se rendent à Mayotte, sachant qu’elles flirtent avec la mort, le font parce qu’elles n’ont plus rien à perdre. Parce que notre pays est incapable d’offrir à tous un peu de décence, certains de nos proches sont prêts à mettre leur vie à rude épreuve. Ces morts révèlent un certain malaise. Le pays va mal et c’est bien cet amer constat qui cause ces pertes.

Parce que notre pays, très affaibli est loin d’atteindre le chemin de l’essor, assurons au moins le service minimum. Pourquoi ne pas barricader ou sécuriser sans relâche nos côtes pour éviter d’autres départs ? Nos autorités ont le devoir d’assurer la sécurité de nos compatriotes. A nous aussi de nous éviter ces malheurs en nous défendant de prendre ces routes. Les Comores souffrent, les Comores saignent. Mais qui, pour stopper cette véritable hémorragie ?

O M 

Mort de la compagnie Int’Air Iles

InterAIRIlesC’est par un simple communiqué aux allures de faire-part de décès, en date du 28 juillet 2017, que le Directeur de la compagnie Int’Air Iles a annoncé « la fin de toutes ses activités » à partir du 30 juillet 2017. Le courage et la volonté de Seffoudine Inzoudine n’ont donc pas suffi face aux volontés de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile et de la Météorologie (ANACM).

Si les autorités comoriennes et en particulier le puissant directeur de l’ANACM, Jean-Marc Heinz voulaient en finir avec Int’Air Iles, après avoir provoqué l’arrêt de la compagnie AB Aviation, ils ne s’en seraient pas pris autrement.

Ce sont deux règlements qui ont été exhumés par l’ANACM en quelques jours pour faire mordre la poussière à la compagnie de droit comorien. Le premier visait à stopper l’exploitation de l’Airbus affrété par Int’Air Iles avec lequel la compagnie avait fait récemment un vol inaugural vers Dubai avec des offres alléchantes pour les voyageurs. L’ANACM exigeait qu’après six mois d’exploitation l’avion, loué à une compagnie sud-africaine, soit immédiatement immatriculé aux Comores. Le deuxième interdisait aux avions mono-moteurs d’Int’Air Iles les vols de nuit, mais surtout rallongeait considérablement le temps de trajet entre la Grande-Comore et Anjouan, faisant ainsi exploser les coûts d’exploitation.

L’ANACM et son directeur ne pouvaient ignorer qu’avec de telles mesures ils allaient tuer la deuxième et dernière compagnie comorienne de transport de la région. Le Directeur annonçait récemment pouvoir résister encore, mais ce 28 juillet, il en est venu à l’évidence : Int’Air Iles est mort « des conséquences de la volonté de l’ANACM d’écarter notre société des îles de la lune ». Les faits lui donnent raison puisque dès hier une autre compagnie est arrivée pour exploiter quasiment les mêmes segments.

Int’Air Iles a du subir pendant plusieurs semaines les blocages de l’Aviation civile française pour pouvoir se poser à Mayotte, il avait gagné son bras de fer car il était évident que les autorités françaises cherchaient à protéger Air Austral et Ewa. La compagnie subissait encore des « coups » à Madagascar qui cherchait également à soutenir Air Madagascar. Mais, Seffoudine Inzoudine et sa compagnie ne s’attendaient sans doute pas à ce coup de poignard dans le dos, de la part de leur propre gouvernement. Pourtant, la manière dont AB Aviation a été liquidée il y a quelques mois aurait dû les rendre plus méfiants.

A moins d’un miracle et d’un ressaisissement du gouvernement comorien, cent trente salariés rejoindront le 30 juillet prochain, au chômage, ceux d’AB Aviation et les plus de 7000 Comoriens virés de la fonction publique par simples décrets.

Dans ces conditions, quels Comoriens sont prêts à faire de grands investissements dans ce pays, en sachant qu’ils sont les plus visés et qu’ils peuvent tout perdre en quelques jours, s’ils ne sont pas proches du pouvoir ?

MI

 

La plateforme de gouvernement Azali-Fahmi a été rendue publique

C’est le Coordinateur du parti Juwa à Anjouan, Mahamoud Elarif, qui a rendu public ce jour la plateforme de gouvernement qui a été signée entre les candidats du parti Juwa et le candidat Azali le 27 mars 2016, entre les deux tours de l’élection présidentielle.

Cette plateforme était demeurée secrète jusqu’à ce que le Président Azali décide de renvoyer du gouvernement les Ministres du parti Juwa, y compris Fahmi Saïd Ibrahim, le principal signataire.

Cette plateforme intitulée « Plateforme pour la renaissance des Comores » est composée de 9 axes. Le premier intitulé « Du cadre institutionnel et politique  » devait en réalité régler à l’avantage du parti Juwa un certain nombre de points sur lesquels le parti se battait : laisser la tournante faire un tour complet, remettre en cause l’élection du président de l’Assemblée de l’Union, remettre en cause la participation des chefs de villages et de quartiers à l’élection des maires… Dans ce premier axe, il est étonnant de voir que les deux parties promettent de se soutenir pendant les élections de 2020 et de 2021 ou même de constituer une majorité à l’Assemblée alors qu’il ne s’agit que de l’engagement de cinq personnalités, en dehors de leurs partis respectifs comme il a été rappelé par les uns et les autres ces derniers temps.

Certaines dispositions de l’Axe 2 prêtent à sourire quand on sait ce qui s’est passé dans le gouvernement issu de cette Plateforme : lutte contre la corruption, réduction du train de vie de l’Etat (réduction des voyages notamment), « Respecter les procédures légales d’appel d’offre des marchés publics »… on dirait que le gouvernement s’est attaché à ne pas respecter cette plateforme ! Et l’on se demande comment certains membres ont pu garder le silence.

Dans l’Axe 7 consacré à « la diaspora comorienne » était prévu le vote de la diaspora qui avait été planifié par le gouvernement précédent avant les présidentielles.

Le dernier axe (De la question de l’île comorienne de Mayotte) prévoyait la création d’une Commission Nationale sur la question de Mayotte. Pourtant depuis la mise en place de ce gouvernement, la question de Mayotte n’a jamais été sérieusement abordée. Comme les gouvernements précédents depuis 1995, le gouvernement Azali 1 a fait retirer la question de l’ordre du jour provisoire de l’Assemblée Générale de l’ONU en 2016 et le gouvernement Azali 2 devrait faire la même chose d’ici quelques jours.

Il est probable que dès la signature de cette Plateforme d’accord, le camp du candidat Azali Assoumani savait qu’elle était inapplicable d’autant qu’elle n’engageait que la personnalité du candidat. Quant aux candidats du parti Juwa (non soutenus par leur parti en ce qui concerne cette alliance), conscients que le candidat Azali Assoumani n’avait pas trop le choix s’il voulait gagner, il lui ont imposé des mesures visant à leur donner un avantage certain dans le gouvernement, mais de fait inapplicables pour la plupart si le parti du Président et les autres partis et personnalités avec lesquels Azali s’était engagé n’approuvaient pas.

 


PLATEFORME D’ACCORD
ENTRE LES CANDIDATS SIGNATAIRES POUR UNE ALTERNANCE
DEMOCRATIQUE EN 2016 ET LE RENFORCEMENT DE L’ETAT DE DROIT 
AUX COMORES

Considérations générales 
La victoire du prochain Président de la République sera le fruit de la combinaison de réflexions et d’engagements par des personnalités politiques nationales, des hommes et des femmes, convaincus de la nécessaire alliance politique pour faire triompher le candidat. Cette alliance doit d’une part, mettre immédiatement en œuvre une politique de consolidation de notre souveraineté et de notre intégrité territoriale et d’autre part engager des réformes hardies, audacieuses par l’exécution de projets de développement socioéconomiques. 
Gouverner ensemble ce n’est pas seulement partager des responsabilités gouvernementales, c’est aussi et surtout partager un projet de société, avoir une vision d’ensemble commune, harmonieuse et engageante pour les parties qui s’allient et sont prêtes à les réaliser. Tel doit être l’esprit principal, le point de focalisation, de ralliement et de convergence de toutes les forces à verser dans cette bataille. 
Et c’est parce que les partis politiques en ont assez de se faire reprocher de division, d’immobilisme et d’absence de souci pour l’intérêt général de notre population qu’il est urgent et impératif de se doter d’une plateforme politique pour mieux se positionner, se faire entendre et agir ensemble demain pour le redressement rapide de notre pays.
Aussi, face à l’urgence d’un redressement économique et social de notre pays, un autre modèle de gouvernance dans lequel chaque comorien trouvera sa place, s’impose.
Considérant la conjoncture sociopolitique issue du scrutin électoral, caractérisée de fraudes et d’irrégularités prouvées ;
Considérant qu’un seul parti et encore moins un seul homme ne peut à lui tout seul ou avec ses seuls partisans gagner cette élection et relever les nombreux défis auxquels le pays est confronté ;
Considérant que le climat lourd et délétère actuel dans le pays, conduit les responsables politiques à la nécessité absolue d’apaiser et de rassembler notre peuple autour d’un projet commun de bonne gouvernance pour assurer une paix réelle, une stabilité et une cohésion sociales propices au développement multisectoriel de notre nation ;
Considérant que le temps est venu d’unir par un élan de sursaut national toutes les forces vives de la nation pour opérer dans la sagesse ces réformes ;
Conscients de la nécessité d’avoir, à l’issue du prochain scrutin présidentiel un gouvernement cohérent, stable, dynamique, populaire et solidaire autour du chef de l’Etat pour s’atteler rapidement à la tâche ;

Convaincus que les forces vives de la nation ont le devoir de s’engager dans la recherche de solutions aux problèmes d’énergie, d’eau, de santé, de justice, de formation, de travail, d’éducation, de transport, et d’infrastructures diverses ;
Contexte Général
Quarante ans après notre accession à l’indépendance, le bilan économique, social et politique du pays demeure faible. Les Comores sont toujours dans le peloton de queue des Pays les Moins Avancés (PMA) avec un PNB par habitant d’environ 790 dollars et la pauvreté frappe durement près de 40 % de la population. Le chômage, qui atteint 14 %, laisse la jeunesse et les forces vives du pays dans un désœuvrement désespérant. Au cours de ces dernières années le taux de croissance du PIB a chuté d’environ 4 % en 2002 à environ 1 % actuellement. 
Après ces quarante années d’indépendance, l’économie comorienne reste dominée par un secteur agricole toujours au stade artisanal et par le commerce. L’administration publique hypertrophiée est toujours le principal pourvoyeur d’emplois, le secteur privé restant marginal. L’industrie est quasi-inexistante. Ni la pêche, ni le tourisme, les deux secteurs qui recèlent des potentialités de croissance de l’économie et d’emplois, ne sont soutenus par les pouvoirs publics. 
Dans le classement en 2015, de la perception de la corruption par Transparency international, les Comores sont classés 161ème sur 174 pays, loin derrière les Seychelles 67ème et Maurice 69ème. 
Les comoriens perçoivent la justice de leur pays comme profondément inéquitable. Faits gravissimes et révélateurs, ces dernières années, de ce manque de confiance en la justice, des citoyens se sont « rendus justice » eux mêmes. 
Les projets exécutés ces dernières dans les secteurs sociaux Santé et Education n’ont pas été capables de répondre aux besoins d’une population en croissance (2,7% par an). 
Dans le secteur de la santé, les soins de base sont assurés difficilement dans les zones périphériques et rurales tandis que les hôpitaux de référence sont en état de délabrement avancé et l’accueil des malades y est déplorable. Cette situation pousse de nombreux comoriens à se rendre dans les pays voisins pour s’y faire soigner.
L’éducation, malgré des progrès significatifs au niveau du primaire, n’est pas en adéquation avec le marché de l’emploi. De très nombreux jeunes diplômés se retrouvent au chômage à l’issue de leurs études.
Les Comores vivent en quasi permanence une crise de l’énergie qui ralentit l’économie et détériore la santé et le bien-être des ménages. De même, de nombreuses coupures rendent aléatoire et incertain l’accès à l’eau en milieu urbain, tandis que de nombreuses zones en milieu rural sont dépourvues de tout système d’adduction d’eau. 
Sur le plan politique, les quarante ans d’indépendance des Comores ont été marqués par une instabilité institutionnelle qui a atteint son paroxysme avec la crise séparatiste d’Anjouan. Celle-ci a failli conduire à la dislocation du pays.

Cependant, le passage du monopartisme au multipartisme a fait progresser la démocratie et la liberté d’expression malgré la limitation de certaines libertés dont le droit de se réunir dans les espaces publics et de manifester pacifiquement.
Globalement, il existe un immense désarroi au sein de la population, notamment au sein de la jeunesse. Les comoriens n’ont plus confiance aux élites et nombre de comoriens n’aspirent qu’à l’émigration. 
Les anciens hommes politiques réunis au sein du mouvement du 11 août 2014 ont lancé un appel pour des assises en vue d’un sursaut national. Cet appel n’a eu aucun écho favorable auprès du régime en place malgré un accueil favorable d’une grande partie de la classe politique et de la société civile.
Dans cet esprit de renouveau national, des hommes politiques, au-delà des disparités de parcours et des clivages du passé, ont décidé d’unir leurs forces autour d’une plateforme pour la renaissance des Comores.
Ces hommes politiques signataires de cette plateforme ont décidé d’unir leur force pour gagner ensemble les élections générales du Président de l’Union et les seconds tours des élections des Gouverneurs des îles afin d’offrir au peuple comorien de nouvelles perspectives d’avenir et faire renaître l’espoir au sein des forces vives et de la jeunesse.
De part cette analyse, les parties signataires conviennent de :
Axe 1er : Du cadre institutionnel et politique 
1. Conserver le cadre institutionnel actuel, basé sur l’autonomie des îles et une présidence tournante entre les îles, jusqu’en 2031 après le mandat issu de la primaire organisée à Mohéli. 
2. Lutter contre le séparatisme et renforcer la cohésion nationale.
3. Modifier le découpage des circonscriptions électorales afin d’instaurer une représentation équitable des électeurs sur la base d’un nombre standard d’électeurs par député et par conseiller. 
4. Engager une procédure auprès de la Cour Suprême sur la question de l’élection controversée du Président de l’Assemblée de l’Union. 
5. Soutenir la réforme du règlement intérieur de l’Assemblée afin de permettre notamment le renouvellement annuel du bureau.
6. Poursuivre le processus d’adoption de la loi relative au Statut Particulier de Moroni, Capitale de l’Union des Comores. 
7. Modifier les dispositions légales qui permettent aux chefs de villages et de quartiers de prendre part au vote des maires. 
8. Constituer une majorité présidentielle des partis et à l’Assemblée en vue de soutenir l’action du président et du Gouvernement. 
9. Se soutenir mutuellement, à travers des accords électoraux, lors des prochaines échéances électorales, notamment celles de 2020 et de 2021.

Axe 2 : De la Bonne Gouvernance 
1. Promouvoir une justice équitable en parachevant le processus d’indépendance de la justice et de mise en place du Haut Conseil de la Magistrature. 
2. Renforcer les capacités techniques, professionnelles ainsi que la probité de la justice en faisant appel à un appui technique extérieur des pays francophones ayant des systèmes juridiques similaires à celui des Comores.
3. Modifier la loi afin de permettre l’assistance d’un avocat dès la mise en état d’arrestation du citoyen.
4. Promouvoir les principes de mérite et de dévouement à la nation au sein de l’armée.
5. Réorganiser l’administration publique pour renforcer son efficacité et ramener progressivement la masse salariale à un niveau compatible avec les ressources financières de l’Etat.
6. Mettre en place un système de contrôle et validation des diplômes et respecter scrupuleusement le recrutement par voie de concours à la fonction publique.
7. Développer l’intranet gouvernemental.
8. Lutter résolument contre la corruption en introduisant le principe de l’inversion des preuves dans les cas de soupçon de corruption (Cas des patrimoines et des trains de vie incompatibles avec les revenus déclarés des personnes mises en examen). 
9. Réduire le train de vie de l’Etat (réduction des voyages d’Etat onéreux et inutiles ainsi que des trop nombreux avantages accordés aux autorités).
10. Veiller à la sauvegarde du patrimoine national, notamment le patrimoine mobilier et immobilier de l’Etat ainsi que les ressources naturelles, par la création d’un Ministère en charge du Patrimoine.
11. Rendre public régulièrement l’état des finances de l’Etat.
12. Respecter les procédures légales d’appel d’offre des marchés publics.

Axe 3 : Du renforcement de l’Etat de droit
1. Mettre en place un système de maillage de sécurité du territoire national par le renforcement des capacités des polices municipales.
2. Créer des postes de médiateurs de la République, pour les recours des citoyens qui s’estimeraient lésés par l’Etat.
3. Mettre gratuitement à disposition des citoyens insolvables des avocats salariés par l’Etat pour les défendre devant la justice.

Axe 4 : Du renforcement de la démocratie
1. Créer un poste de chef de l’opposition rémunéré par la République qui sera occupé par le Président du plus grand parti de l’opposition (Parti d’opposition le mieux représenté à l’Assemblée et dans les conseils des îles). Le chef de l’opposition sera consulté lors de la prise des grandes décisions qui engagent l’avenir de l’Etat. 
2. Permettre l’accès aux médias d’Etat à toutes les sensibilités politiques, l’expression de la diversité des opinions et encourager les débats contradictoires.
3. Respecter le droit de manifester pacifiquement dans les lieux publics.
Axe 5 : De la réforme des secteurs sociaux
1. Généraliser l’éducation primaire par un effort particulier de construction de nouvelles salles de classe, la formation et le recyclage des maîtres, la création de postes de professeurs des écoles (pour encourager les bacheliers à embrasser la carrière d’instituteurs).
2. Faire un état des lieux des collèges et lycées publics et privés (locaux, niveau de formation du personnel enseignant, encadrement pédagogique…) et élaborer un cahier des charges.
3. Réorganiser et renforcer l’inspection pédagogique.
4. Promouvoir l’enseignement technique et professionnel, encourager l’apprentissage les matières scientifiques et de l’anglais.
5. Accorder une attention particulière à l’Université des Comores : Elaboration d’un plan de développement de l’Université comorienne.
6. Poursuivre la construction du stade olympique de Malouzini.
7. Revoir et renforcer les conseils d’administration des hôpitaux de référence et la gestion financière notamment recourir à des systèmes intégrés de gestion pour le paiement des prestations, la collecte des recettes et le suivi des dépenses des hôpitaux. Recourir à une assistance technique extérieure ou à une gestion privée externe pour les hôpitaux jusqu’à l’émergence d’une capacité de gestion nationale des établissements hospitaliers. 
8. Instaurer un quota horaire mensuel obligatoire en service public pour tous les médecins rémunérés par l’Etat dont les états de salaires seront préparés par les hôpitaux qui les emploie.
9. Créer des cabinets publics de consultation dans les quartiers pour rapprocher la médecine des citoyens et privilégier la prévention. 
10. Créer un fonds de solidarité médicale et renforcer la mutualisation des citoyens.
11. Revenir à un système public d’approvisionnement en médicaments essentiels.
12. Ouvrir l’hôpital de Bambao ainsi que le dispensaire de Djoezi (Mohéli) et accorder une attention particulière (nomination d’un chargé de mission assurant le suivi au jour le jour) à la construction de l’hôpital de Hombo.
13. Faire un état des lieux des cliniques privées (locaux, niveau de formation du personnel soignant, inspection sanitaire…) et élaborer un cahier des charges.
14. Mettre en œuvre un plan d’action sur l’eau comportant des solutions de forages, dotation en pompes des puits existants, construction de barrages collinaires, impluviums etc… afin de résoudre la crise de l’eau.

Axe 6 : Du Décollage économique 
1. Mettre fin à la crise énergétique : A court terme : Remettre à niveau les capacités de production par la révision et le dépannage des centrales électriques, la généralisation des compteurs à cartes y compris dans les administrations et la révision des réseaux. A moyen terme : Développer les centrales à fuel lourd et les centrales hydro-électriques. A long terme : Développer l’énergie géothermique.
2. Augmenter les capacités de stockage des hydrocarbures à 6 mois. 
3. Poursuivre la réhabilitation du réseau routier sur l’ensemble du territoire national.
4. Redémarrer l’usine de pêche de Voidjou.
5. Rechercher des partenariats pour développer l’exploitation des ressources halieutiques.
6. Développer le concept de villages éco touristiques.
7. Promouvoir la destination Comores et négocier la desserte des Comores avec les grandes compagnies aériennes.
8. Mettre en place un cadre formel de concertation public-privé.
9. Interdire l’exercice du commerce de détail aux étrangers. 
10. Créer des zones franches. 
11. Réorganiser le service du cadastre
12. Relancer et faire un suivi de la conférence de Doha

Axe 7 : De la diaspora comorienne
1. Accorder le droit de vote aux comoriens résidants à l’étranger par le biais d’une législation appropriée.
2. Faciliter le retour et l’insertion des comoriens de l’étranger désireux de se réinstaller aux Comores.
3. Négocier avec les compagnies aériennes les conditions de la réduction du coût trop élevé du billet d’avion pour les Comores.

Axe 8 : De la Diplomatie 
1. Adhérer à l’East Africain Community et renforcer les liens d’amitié et de coopération avec les pays voisins de la côte Est africaine. 
2. Poursuivre une politique d’ouverture et de rapprochement avec les pays arabes.
3. Initier une politique d’ouverture diplomatique avec l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud Est.
4. Réorganiser et rationnaliser les missions diplomatiques.

Axe 9 : De la question de l’île comorienne de Mayotte
1. Créer une Commission Nationale sur la question de l’île comorienne de Mayotte dont le Secrétariat sera assuré par un département chargé de cette question au Ministère des Affaires Etrangères.
2. Faire chaque année un état de lieux de l’état des progrès de la question devant le congrès (députés et conseillers des îles) 

Sur la base de cette plateforme, les responsables politiques désignés ci-dessous, représentant l’intérêt général du pays et de leurs adhérents, signataires de cette plateforme politique de gouvernance, s’engagent :
Article 1 : A gouverner ensemble en cas de victoire de leur candidat et que cette plateforme qui lie les parties signataires par son esprit, son contenu et sa forme constitue le principal document référentiel de leur pacte de bonne gouvernance ; 
Article 2 : Une plateforme additionnelle de partage de pouvoir sera négociée et conclue à la discrétion des deux signataires.
Article 3 : En cas de désaccord important constaté par une ou par l’ensemble des parties signataires et portant sur les termes référentiels, les principes fondateurs et les objectifs fondamentaux de la plateforme dans son application, la partie signataire plaignante est libre de rompre l’accord et de se désolidariser du pouvoir gouvernemental après que toutes les recherches sincères de solutions et de consensus par chacune des parties n’auraient abouties à aucun compromis ;
Article 4 : la partie signataire plaignante avise par écrit l’autre ou les autres parties composantes deux semaines avant l’exécution de sa décision ;

Mutsamudu, le 27 mars 2016
Le candidat Azali ASSOUMANI

Le candidat Fahmi SAID IBRAHIM

Le candidat Abdou Salami ABDOU

Le candidat Ahmed ABDALLAH SALIM

Le candidat Vice – Président Mohamed ELHAD

Tribune Libre. Mayotte, tableau d’un combat perdu d’avance

Tribune Libre.

Mayotte, tableau d’un combat perdu d’avance

 

 

L’histoire des Comores, c’est incontestable, ne commence pas au début des années 1830. En revanche, la genèse du différend franco-comorien sur l’île de Mayotte remonte autour de ces années là. Entre 1830 et 1835, en partance de Madagascar, Andriantsoly s’accapare de l’île de Mayotte. Au début des années 1840, alors que la France perd peu à peu de son influence dans l’Océan Indien, Andriantsoly, en proie à une importante instabilité politique interne, a du négocier la vente de l’île. Louis Philippe, alors roi de France, valida l’achat de Mayotte en 1843.

Historiquement, les faits sont têtus.

Il a fallu attendre 43 ans, 43 longues années de destin séparé,  pour que le reste des Comores, suivant la trajectoire de Mayotte, embrassent le protectorat français. Lorsque, en 1912, l’annexion des Comores a été officialisée, la France avait eu largement le temps de s’enraciner à Mayotte. Son ancrage, y était déjà plus fort que dans le reste des îles de l’archipel des Comores.

 

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©RTMC. à gauche Abdourahamane Mohamed B.A. et à droite Omar Mirali

Prochaine grande date, l’an 1974. Après avoir franchi la décisive étape de l’autonomie interne au lendemain de la deuxième guerre mondiale, voilà que les populations comoriennes  (oui, les populations) sont appelées à se prononcer sur l’indépendance, autrement dit, l’éventuel départ des Français. Comme souvent, là aussi Mayotte a fait cavalier seul en traçant son chemin, un chemin aux antipodes de celui qui a été emprunté par les trois autres îles des Comores. Seule, alors que Ngazidja, Ndzuani et Mwali ont voté pour l’indépendance, Maoré a choisi le maintien de la France dans ses girons.

On se retrouve alors, au lendemain de l’indépendance de 1975, avec un État définitivement morcelé. Remarquez au passage, que dès les années 1840, le choix des Mahorais de rompre avec les Comoriens en faveur des Français ne s’est jamais démenti. Pis encore, cette position n’a eu de cesse de se radicaliser au fil des années. Cette volonté francophile de tout un peuple a atteint son paroxysme lorsque, entre 2009 et 2011, l’île de Mayotte changeait de statut pour devenir un Département français d’Outre-Mer. (DOM). Mayotte a donc, juridiquement, le même statut que la Seine Saint Denis ou encore la Corse. Et ce  long processus qui a conduit à ce nouveau statut, a été l’œuvre des Français mais aussi des Mahorais qui, jusqu’à nos jours, n’ont jamais formulé la moindre véritable réticence à son encontre. Un peuple spolié se soulève; ici, non seulement les Mahorais ne se soulèvent guère mais ils se posent également en véritable défenseur de leur départementalisation, allant jusqu’à s’en prendre aux biens et à l’intégrité des Comoriens de Mayotte qu’ils considèrent comme étrangers.

Les faits sont têtus.Ils sont là pour nous rappeler ces truismes. Les Mahorais sont Français et par de là cette considération, ils manifestent leur francité à qui veut l’entendre. Comment faire pour changer la décision mûrement ( qui n’a pas été prise sur un coup de tête mais après de longues

 

années de pas vers la France) réfléchie d’un peuple unanime face à son destin?

Juridiquement, c’est sans appel

Après l’indépendance des Comores, les autorités de ce pays ont saisi l’Organisation des Nations Unies ( ONU) suite au maintien de la France à Mayotte. L’assemblée générale de l’ ONU n’a eu de cesse de condamner la France, au moyen d’une vingtaine de résolutions. Ces résolutions, qui n’ont aucune portée coercitive, n’ont pas pu contraindre la France à quitter l’île convoitée. Mais elles constituaient cependant, le seul véritable moyen de pression détenu  par l’État comorien.

Dès 1994, la question de l’île de Mayotte a été retirée de l’ordre du jour permanent de l’assemblée générale des nations unies. Dès lors, le report des débats sur cette question a été systématique; autant dire que ce débat a été reporté quasiment sine die.

Si au moment où la question de l’île de Mayotte était inscrit à l’ordre du jour permanent de l’ONU, l’État comorien n’a pas pu faire vaciller la France, que peut-il maintenant? Il ne reste, d’après le juriste Abdourahmane Mohamed Ben Ali, qu’une seule solution qui est, de surcroît, difficile d’application en l’espèce. Les Comores auraient pu saisir la cour internationale de Justice.

Seulement, l’amateurisme conjugué des autorités comoriennes a rendu cette piste impraticable. En effet, en retirant la question de Mayotte de l’ordre du jour permanent de l’assemblée générale de l’ONU, la France et les Comores se sont engagés à résoudre ce problème par le biais de négociations bilatérales. Qui dit négociations bilatérales, dit franche discussion entre les deux États sans moyen pour l’un de dominer les pourparlers. Pourtant, on a vu qu’en 2013, le président Ikililou, invité à l’Elysée par le président français François Hollande, a avalé ses mains en cédant presque tout à son homologue. Si les Comores saisissent la cour de justice internationale, la France peut décider de ne pas s’y rendre en faisant prévaloir l’engagement solennel pris par les deux pays à trouver une solution diplomatique à ce différend. Ce motif avancé, aucune condamnation ne pourrait alors être prononcée contre la France.

Alors, que faire?

Si les Mahorais, au fil de l’histoire, n’ont jamais fait le moindre pas vers les Comoriens, si l’assemblée générale des nations unies est dans l’impossibilité de mettre un terme au différend franco-comorien sur l’île de Mayotte, s’il nous est difficile voire impossible pour nous Comoriens de faire condamner la France par la cour internationale de justice, que nous reste-t-il alors?

Il nous reste nos yeux pour pleurer, notre naïveté pour espérer, notre sincérité pour admettre et notre courage pour céder. Mayotte est partie et son retour, impossible, n’est réaliste que dans l’esprit délirant de ceux, dont l’imagination féconde, déborde de fantasmes et d’utopie.

 Omar MIRALI.

L’honneur perdu du colonel Azali

Azali-Assoumani_0Puisque pendant cette période électorale, certains patriotes, semblent être devenus amnésiques et prétendent que tout patriote devrait être aujourd’hui derrière la candidature du colonel Azali Assoumani, il paraît important de rappeler quelques faits qui montrent que cet homme a déjà été jugé et condamné par l’histoire. Le colonel Azali Assoumani a définitivement perdu son honneur en tant que militaire, en tant que musulman, en tant que chef de parti et en tant que Président de la République.

  1. L’exposition du cadavre d’Apache (1992)

En septembre 1992, c’est le chef de bataillon Azali Assoumani qui donne l’ordre d’attaquer au lance rocket un ancien militaire français d’origine comorienne, Ahmed Abdallah dit Apache, originaire de Foumbouni, accusé de tentative de coup d’État, réfugié dans une maison. Après l’assaut, le corps d’Apache est sorti des décombres, posé sur le capot d’un véhicule militaire pour faire le tour de Moroni. Passons sur les aspects militaires de cette affaire, bien que certains aient affirmé que l’homme était pris et qu’il n’y avait pas besoin de le tuer. Mais, comment un musulman peut-il accepter l’exposition du cadavre d’un être humain ? Le chef de bataillon Azali Assoumani l’a accepté. Pourtant, même Bob Denard après l’assassinat d’Ali Soilihi a enveloppé le corps de celui-ci et est allé personnellement le remettre à sa famille.

  1. La fuite à l’Ambassade de France (1995)

Trois ans plus tard, le colonel Azali, alors chef d’Etat-major devait montrer ses capacités physiques lors d’un coup d’État contre les Comores. Au lieu de cela, il a fuit laissant des lieutenants sous le feu des mercenaires.

En effet, en septembre 1995, la France a décidé de se débarrasser du Président Djohar et elle envoie Bob Denard et ses hommes. Tandis que des jeunes lieutenants résistent au débarquement des mercenaires, le colonel Azali n’a rien trouvé de mieux que d’aller se cacher à l’Ambassade de France, c’est-à-dire le pays qui a envoyé les mercenaires. Et c’est cet homme, qui a montré à ce moment là où étaient ses intérêts que certains veulent donner le titre de patriote. On aura tout vu dans ce pays.

  1. Les exactions contre les Anjouanais

En avril 1999, des éléments contrôlés poussent des Anjouanais (certains jouent le jeu parfaitement préparé) vers le port de Moroni pour un départ vers Anjouan. D’autres sont pris à partie, humiliés dans la capitale. Dans quel but ? Celui de créer les conditions pour une prise du pouvoir par le colonel Azali. Le Premier Ministre, feu Abbas Djoussouf a raconté après le coup d’État de 1999 qu’il a appelé le chef d’Etat-major Azali Assoumani devant l’Ambassadeur de France pour lui demander de faire cesser ces exactions. Il a tout simplement refusé. Plus tard, ses partisans développeront la thèse de l’interposition de l’armée pour éviter la catastrophe, mais tout indique que le chahut a été crée contre les Anjouanais afin de justifier le coup d’État.

  1. Le putschiste

Le 29 avril 1999, c’est le même colonel Azali Assoumani qui prend les armes contre la République, déjà affaiblie par le séparatisme. Il n’hésite pas à marcher sur la Constitution du pays et à suspendre toutes les institutions. Il promet qu’au bout d’un an, il remet tout en place et retourne dans sa caserne. Mensonge ! Au bout d’un an, il a amplifié la crise séparatiste et n’a pas voulu quitter le pouvoir, mais au contraire a tout organisé pour y rester.

  1. La collaboration avec les séparatistes

Alors qu’il a présenté son coup d’État comme la solution qui devait résoudre la crise séparatiste, le colonel Azali l’a renforcée en appuyant à coup de mallettes d’argent le régime de Mohamed Bacar qui était moribond après plusieurs mois d’un embargo décidé par l’Union africaine.

  1. Le déni de justice

Le régime du colonel Azali s’est caractérisé par l’absence de justice. Un exemple reste dans la mémoire collective : la destruction des maisons de certains particuliers (alors que celles des proches du régime n’étaient pas touchées) sans aucune forme de jugement.

  1. Le déni du droit de vote de la diaspora

Dès le coup d’État de 1999, la diaspora dans sa grande majorité a rejeté le régime du colonel Azali. Lorsque celui-ci s’est rendu en France pour une opération de séduction, les Marseillais l’ont chassé de la salle et il a dû se contenter des notables pour s’adresser aux Parisiens. Le colonel a fait payer à la diaspora cette recherche de la démocratie puisqu’il va s’opposer à la mise en place concrète du vote de la diaspora telle qu’il se trouvait inscrit dans la loi électorale de 2005.

  1. La question de Mayotte

Pour qui suit l’évolution de la question de Mayotte, la période de la présidence Azali est celle qui a posé les bases de la départementalisation qui allait se réaliser sous la présidence d’Ahmed Sambi en 2009. Le pacte fait avec la diplomatie française de ne plus évoquer la question de Mayotte a permis à celle-ci de préparer tranquillement le référendum sur Mayotte dès 2002.

  1. La trahison de ces lieutenants

Le colonel Azali a également perdu son honneur en faisant un pacte avec Sambi pour se protéger alors que ce dernier envoyait en prison tous les collaborateurs du colonel pour décapiter l’opposition en 2007. Et effectivement, pendant toute la période de la présidence Sambi, Azali restera silencieux et n’aura aucune compassion pour aucun de ses compagnons arrêtés par Sambi.

  1. Le putsch dans son propre parti par refus de la démocratie

Alors qu’il avait disparu de la scène politique, laissant Houmed Msaidié structurer et maintenir le parti comme principal parti d’opposition à Sambi, à l’approche des primaires de Ngazidja, le colonel Azali revient dans le parti, fait un putsch (il n’a pas perdu ses mauvaises habitudes) et s’impose comme candidat naturel car il savait qu’il allait perdre dans des primaires organisées d’une manière démocratique comme l’avait prévu le SG de l’époque.

 

Et c’est cet homme là que certains voudraient nous présenter comme un Républicain, un homme qui a déjà pris les armes contre la République, un homme qui a perdu son honneur en fuyant alors que son pays était attaqué. Ce sera sans moi. Que chacun défende son poulain mais que certains n’essayent pas de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Mahmoud Ibrahime

 

Une insécurité inquiétante à Mayotte

MayotteDepuis quatre ans environ, la délinquance ne cesse d’augmenter de manière exponentielle à Mayotte. Viols, agressions physiques et gratuites, cambriolage en tout genre et en toute impunité. Des faits divers terribles qui deviennent le quotidien des habitants de l’ile.

Mayotte, comme les autres départements d’outre-mer est frappé par des fléaux qui gangrènent la société : un chômage massif ( 17% dans l’île ), une montée inquiétante de l’insécurité , la défaillance de l’autorité familiale liée au délitement des liens familiaux. Des bandes rivales bien organisées font régner la violence aux abords des établissements scolaires, mais aussi dans certaines communes de l’agglomération de Mamoudzou.

La violence est réellement installée à Mayotte avec la scène de braquage de la poste de Passamainty la semaine passée.  A tel point que beaucoup de wazungu (blancs) sont en train de quitter l’île. Ceux qui vivent à Mayotte depuis vingt-cinq ans qui s’étaient amourachés de Mayotte et installés de façon indécrottables : eux aussi sont sur le départ. Cela a des conséquences catastrophiques ; beaucoup de petites entreprises ont fermé ou sont sur le départ.

L’autre préoccupation des Maorais est l’immigration clandestine évaluée cette année par la préfecture à 80.000 étrangers en situation irrégulière. Selon les autorités de l’île le flux migratoire sature les services hospitaliers, les écoles et laisse des mineurs isolés dans les rues. Ce problème est très complexe, car les reconduites à la frontière sont inefficaces. A titre d’exemple et selon la préfecture, en 2014, les reconduites à la frontière ont avoisiné 20.000 personnes (le double de la France) dont la moitié retente la traversée peu après. C’est devenu un calvaire kafkaÏen. Pour le préfet, il faut mettre en place des actions collectives contre l’insécurité. Des renforts des forces de l’ordre, s’inscrivent dans la lutte contre l’insécurité en recrudescence dans le département.

Devant ce fléau d’insécurité grandissant le représentant de l’Etat et les élus locaux se renvoient la balle. Le sujet est devenu une patate chaude, qui entraine un climat de psychose chez les habitants de l’ile. Le pourcentage des mineurs délinquants en déshérence est considérable. L’absence des structures d’accueil, tels que des orphelinats ou des centres éducatifs pour mineurs complique beaucoup plus le problème. La petite prison de Majicavo   ne dispose pas d’une capacité d’accueil suffisante pour les adultes mais aussi pour interner les mineurs délinquants. Du coup, ces derniers commettent beaucoup de vols et agressent à longueur de journées sans être punis. Un autre phénomène touche la famille maoraise : le manque des repères et l’absence de l’autorité parentale. Le chômage de masse qui touche beaucoup de personnes dans l’ile contribue à déstructurer certaines familles, à fragiliser l’autorité des parents, et accroître l’échec scolaire. Les conséquences de ce fléau sont multiples, il faut mutualiser les moyens pour le combattre afin de sauver l’image de Mayotte.

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY

La grogne des salariés du privé à Mayotte

Mayotte

Mayotte, une des îles de l’archipel des Comores

Depuis 2011 Mayotte entre dans le cadre des droits communs au même titre que les autres départements d’outre-mer. Cela suppose un alignement des droits sur nombre de domaines. On assiste donc depuis fin avril jusqu’à ce jour à des grèves à répétition des salariés du secteur privé.

La départementalisation récente de l’ile fait que le territoire intègre petit à petit le droit commun et, de ce fait, de nouvelles contraintes fiscales et sociales viennent s’imposer aux entreprises mais aussi aux ménages, au risque de déstabiliser un équilibre déjà fragilisé du tissu économique. Le niveau de vie des ménages maorais est en hausse, tout comme les besoins d’équipement est en augmentation. Selon l’antenne de l’INSEE à Mayotte, en 2010 le SMIG mensuel brut maorais a dépassé le premier juillet 2009 le seuil symbolique de 1000 euros. Il est actuellement à 1100 euros. Il faut rappeler que les salariés maorais du secteur privé subissent des inégalités salariales par rapport à leurs collègues de la Réunion ou de France et pourtant ils exécutent les mêmes tâches. C’est la cause des grognes sociales à répétition.

Quelles sont les revendications de ces travailleurs ? Elles sont multiples, mais nous pouvons examiner les principales demandes, à savoir : l’application de la convention collective, la mise en place du 13e mois, équivalent au salaire du mois de décembre dès cette année 2015, augmentation des salaires, attribution d’une prime de pénibilité, etc.

Tous les agents de la BFC, la SMAE ou SFR ont été en grève avec des revendications similaires. Des protocoles de fin de conflit ont été signé avec les représentants syndicaux pour les salariés, les responsables de ces entreprises et du MDEF de Mayotte jouant le médiateur. Et ce sont les agents du BTP et de COLAS qui sont en grève en ce moment.

Par ailleurs, il faut rappeler que le secteur public n’a pas été touché par cette flambée de mécontentement, pour la simple raison que les mouvements de grève de 2013 de ce secteur sur l’indexation des salaires des fonctionnaires ont abouti à la mise en place d’une indexation progressive de quarante pour cent qui sera définitive en janvier 2017.

Ces conflits sociaux à répétition affectent l’économie locale, car l’entreprise ne fonctionne pas seule. Elle s’implante dans un environnement bien particulier. Les infrastructures, les populations, le contexte économique, social… autant d’éléments externes qui peuvent avoir une influence déterminante sur son activité et son équilibre. Ce climat social tendu est la conséquence d’un niveau de vie en hausse qui se traduit par une forte croissance des importations qui représentent 90% des produits consommés. Les prix sont élevés de par l’importance des coûts d’acheminements des marchandises et la trop faible concurrence en vigueur sur l’île. Il est normal que les acteurs publics et du privé fassent un rattrapage salarial pour faciliter le pouvoir d’achat des salariés qui constituent les consommateurs de Mayotte.

Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY