naufrage

Un kwasa a encore échoué entre Anjouan et Mayotte, 35 morts.

Un kwasa a encore échoué entre Anjouan et Mayotte, 35 morts.

Le peuple comorien était de nouveau en deuil le 13 mai dernier. Un kwasa-kwasa transportant 45 passagers, parti d’Anjouan vers Mayotte, a échoué en pleine mer. On comptabilise 35 disparus (morts) et 10 personne seulement ont été repêchés. Ce serait un membre de la famille d’une des victimes qui aurait informé les services de la police française du naufrage de cette embarcation.

Selon le journal France-Mayotte matin, l’embarcation a été bien vue par les radars français, seulement, comme elle n’était pas encore dans les eaux jugées françaises, ils ont décidé de ne pas intervenir directement, mais ont quand-même informé les autorités comoriennes.

Les Comoriens sont tristes et pleurent leurs enfants qui périssent régulièrement dans ce bras de mer pour tenter d’entrer à Mayotte en échappant à la police française. Ce drame se produit après celui qui est survenu la nuit du dimanche 9 au lundi 10 février 2014 qui a fait 6 morts (et un disparu), tous enterrés au cimetière de Mtsaperé.

Depuis 1994, nous comptabilisons 20 ans de souffrances, 20 ans de deuils répétitifs, 20 ans de douleurs. Les cœurs de tous les Comoriens saignent. Ce sont, à chaque fois, des hommes et des femmes jeunes qui meurent.

Qu’est-ce qui est le plus important pour un dirigeant que de défendre son peuple ? Si on continue à ignorer cette question capitale, celle de la disparition massive et brutale de beaucoup de nos compatriotes, comment sera l’avenir de notre pays ? Il est temps de réagir pour arrêter ces drames, car ce sont les enfants de notre patrie qui meurent pour tenter une meilleure vie de l’autre côté parce que dans les trois îles indépendantes la vie est difficile.

   Abdourahim Bacari

Naufrage au large de Mayotte

Sept personnes (dont deux enfants de un et six ans et quatre femmes) ont péri dans la nuit du dimanche 9 au lundi 10 février 2014 lors du naufrage au large de l’île comorienne de Mayotte d’une embarcation qui transportait des Comoriens des autres îles. Les six corps retrouvés ont été enterrés au cimetière de M’tsapéré, loin des caméras.

A Mayotte l’émotion est grande car c’est le deuxième naufrage en moins de six mois.

Cela fait maintenant 20 ans que le visa Balladur a été institué. Depuis 1994, le bras de mer qui sépare Anjouan de Mayotte est devenu le plus grand cimetière marin du monde. Ce qui attriste le plus les Comoriens de Mayotte, c’est le silence et l’indifférence des dirigeants comoriens qui n’annoncent même pas ces disparitions et morts brutales de leurs compatriotes.

Ils étaient nombreux à attendre devant leurs télévisions précisément lors du journal du soir de l’ORTC pour voir la réaction des dirigeants des trois îles indépendantes. Aucune déclaration n’a été faite.

Ceux qui survivent de ces naufrages doivent souvent leur vie à des pécheurs présents dans la zone lors du drame. Ces voyages dangereux, à bord d’embarcations surchargées, ne cessent de se multiplier. Pour les Maorais, c’est à cause de la mauvaise gestion du pays, de la part des dirigeants comoriens.

Durant ces vingt dernières années, une crise économique profonde et le manque d’emploi ont poussé les Comoriens sur les routes de l’exil à destination de la France, de la Réunion et de Mayotte. Des départs dont la seule motivation est « la recherche d’une vie meilleure ».

En 2002, un recensement réalisé par l’INSEE dénombre à Mayotte 55300 étrangers sur une population totale de 160300, 34,5% seraient donc des « clandestins » en situation illégale, au regard de la loi française, mais non au regard du droit international.

Ces gens qui sont considérés comme des clandesins, il ne faudrait pas l’oublier, sont des Comoriens dans un territoire qui, au niveau du droit international, appartient aux Comores. Ces êtres en quête du mieux-être, voyagent dans des conditions pénibles et au péril de leur vie.

Le taux d’entrée à Mayotte par la voie maritime (avec les Kwassa Kwassa) a augmenté. « D’après une source anjouanaise, citée par l’agence France presse en 1997, 850 Comorien de l’île d’Anjouan seraient morts, depuis 1984, en tentant la traversée vers Mayotte. Il en mourrait actuellement 10 à 15 par mois ».

Le départ massif des Comoriens des autres îles vers Mayotte marque-t-il l’échec des politiques menées par les leaders comoriens ? Beaucoup de Maorais le pensent. Mais, c’est l’avenir de l’archipel des Comores qui est en jeu, car le départ coûteux vers Mayotte est constitué d’hommes jeunes, entre 20 et 30 ans, originaires des milieux ruraux et  pour la plupart venant d’Anjouan.

Ne faut-il pas, pour l’Etat comorien, revenir à la « protection de son peuple » avant même d’engager des procédures qui prendront des années avant la résolution de cette question de Mayotte ? Dire que l’Etat comorien ne peut pas empêcher des Comoriens qui veulent se déplacer d’une île comorienne à une autre est juste, mais il faut voir aussi les conséquences de ces déplacements périlleux.

C’est d’ailleurs pourquoi une intervention de l’Etat au service des droits humains fondamentaux en empêchant ces départs à haut risque est indispensable. Cela ne veut pas dire abandonner la lutte pour le retour de Mayotte. Les dirigeants comoriens savent bien où s’effectuent les départs pour Mayotte, il est temps de mettre fin à cette hécatombe.

Maintenant c’est à l’Etat comorien de voir comment il peut convaincre les Comoriens de ne pas suivre cette voie dangereuse. C’est quand même une solution.  La protection du peuple comorien est primordiale, et cela n’empêche pas le gouvernement comorien de poursuivre son combat. Arrêtons de jouer de la démagogie et restons sincères et pragmatiques vis-à-vis de notre peuple.

Mlimengu