Omar Mirali

Dossar n’y serait pas pour rien…

dossar

Dossar, ancien directeur de cabinet du président Sambi

Alors que le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur la loi relative à la citoyenneté économique, entre les mains du président Azali sans doute début le mois de janvier 2018, n’a toujours pas été officiellement publié, nombreux sont les Comoriens, intellectuels, journalistes et autres, qui ont réussi à se le procurer. De nombreuses personnalités ont été pointées du doigt dans ce rapport, à l’instar de l’ancien directeur de cabinet du président Sambi, Mohamed Bacar Dossar. Normal, me direz-vous, Dossar aurait servi d’ intermédiaire dans ce projet de vente de la citoyenneté comorienne entre Sambi et Baschar Kiwan au mépris des lois et normes en vigueur aux Comores.

Nous vous proposons ici, notamment pour ceux qui n’ont pas eu accès à ce rapport dont on ignore tout du jour de sa publication officielle, de revenir sur les responsabilités de Dossar dans cette affaire telles que précisées dans ce rapport. Il ne s’agit ni de cibler l’ancien ministre des affaires étrangères ni de l’isoler. Il s’agit uniquement de s’interroger sur les accusations qui pèsent sur Dossar telles qu’elles apparaissent dans le rapport de la commission d’enquête parlementaire afin, peut-être, de déterminer son rôle exact dans cette affaire. Nous ne porterons donc aucune accusation sur aucune personnalité que ce soit; nous ne nous priverons pas, en revanche, de notre droit à commenter sinon à interpréter certains passages contenus dans ce rapport; il en va ainsi de tout travail intellectuel qui se veut rigoureux.

Nous essaierons, dans la mesure du possible, d’évoquer les responsabilités de toutes les personnalités de premier plan citées dans ce rapport. Jadis nous parlions du président Sambi, place aujourd’hui à son acolyte, Mohamed Bacar Dossar et nous nous attarderons ainsi sur les personnages clés de cette affaire tel que précisé dans le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur la loi relative à la citoyenneté économique.

L’homme clé du fameux Mémorandum…?

Pour comprendre le rôle de Dossar dans cette affaire, nous devons remonter nos explications au 29 février 2008. Ce jour-là, le président Sambi signe un mandat numéro 08048/PR. Écrit exclusivement en Arabe, ce mandat a été donné à la société CGH dirigée par Bashar Kiwan. Pourquoi la nécessité d’écrire ce document en Arabe? Est-ce parce que B. Kiwan est arabophone ou alors on peut y voir une certaine manipulation, le président Sambi, ce qui n’est pas forcément le cas de la plupart des acteurs du projet de la vente de la citoyenneté économique, comprenant parfaitement l’Arabe? On ne saurait le dire…

Toujours est-il que ce mandat aurait été attribué à M. Kiwan pour « négocier et conclure au nom de l’État comorien des Accords sur l’octroi des passeports comoriens à toute personne qui contribue financièrement au développement économique conformément à la loi sur la citoyenneté économique.» De quelle loi s’agit-il? D’aucune loi, bien entendu sinon de la fameuse « loi fantôme» dont on parlait dans nos précédents écrits. Ce qu’il faut retenir est que par ce texte, Sambi mandate Bashar Kiwan, un non comorien, à défendre les intérêts de l’État comorien dans cette affaire juteuse.

Mohamed Bacar Dossar, Directeur de cabinet, chargé de la Défense du chef de l’État (Sambi), signe, en Avril 2008, un Mémorandum d’entente avec Nasser Salim Lakhribani-Al-Naimi, chef du cabinet du ministre de l’intérieur des Emirats Arabes Unis et président du conseil d’administration de la « Société Privée des Services de Sécurité», une société dont le siège social est à Abu Dhabi. Là aussi, le document était rédigé en Arabe (p12).

Ce Mémorandum signé par Dossar, premier collaborateur officiel et institutionnel du chef de l’État, présenterait des détails pour le moins ridicules. Comment Dossar peut-il oublier l’appellation officielle de l’État qui est « Union des Comores» et utiliser à sa place l’appellation curieuse de «République des Îles Unies » pour la version traduite anglaise du Mémorandum et de «République des Îles Comores» pour la traduction française? Il peut s’agir, dit-on dans le rapport parlementaire, d’une simple négligence (p12). Sauf que Dossar n’est pas un politique néophyte. Il est l’un des politiques les plus avisés de notre pays. Est-ce possible qu’il ait pu passer à coté d’une telle précision? Il y a sans doute là, quelque chose de beaucoup plus enfouie.

Aussi, outre ce Mémorandum, Dossar aurait-il signé, une reconnaissance de dette en faveur de B. Kiwan. Dit autrement, Dossar aurait reconnu, au nom de l’État, une dette farfelue portant sur des montants astronomiques, lesquels n’avaient jamais été versés dans les comptes de l’État (p74).

Ses responsabilités?

Pour avoir reconnu, au nom de l’État, une dette fictive auprès de B. Kiwan, Dossar est accusé, dans le rapport parlementaire, notre principale source, de complicité de détournement de fonds publics (p74).

Pour avoir signé un protocole d’entente contenant des informations mensongères, Dossar peut être poursuivi, et c’est ce que recommande le rapport parlementaire, pour haute trahison. En attendant que l’État saisisse les paradis fiscaux dans lesquels les 200 millions de dollars de manque à gagner pour l’État comorien dormiraient ( la Suisse pour Sambi et les Îles Caimans pour B. Kiwan?), il serait peut-être temps, pour les députés  de publier officiellement le rapport parlementaire pour que le président Azali ou tout autre Comorien qui le souhaite, puisse,  éventuellement saisir la justice…

O.M

Dans les coulisses d’un limogeage

msa ali djamal

Msa Ali Djamal, en pleine campagne pour Azali Assoumani, candidat CRC.

Juillet 2016, le décret présidentiel est tombé. Après des longs moments de tractations, Msa Ali Djamal a été nommé directeur général de l’Office de Radio et Télévision des Comores (ORTC). Octobre 2017, la décision est tombée. Msa Ali Djamal a été démis de ses fonctions. Du parcours de Msa Ali Djamal à sa nomination à la tête de la première chaîne audiovisuelle comorienne en passant par son limogeage, nous vous dressons ici le portrait de cet homme qui a tout donné pour un parti, pour un pouvoir, pour un homme dont l’élégance fait défaut.

Msa Ali Djamal, un homme de culture

Formé à l’Université Paris X-Nanterre, Msa Ali Djamal y a étudié la sociologie. Il en sort diplômé et surtout fasciné par un homme: Pierre Bourdieu. Il passera l’essentiel de sa vie en France à étudier l’œuvre de ce grand sociologue; des œuvres inspirées de la sociologie des hiérarchies sociales de Bourdieu vont même voir le jour. Les étudiants comoriens de France et leurs parents, ouvrage paru aux éditions Kalamu des îles en 2007, s’inscrit dans cet ordre d’idées. Il animera par ailleurs différentes conférences autour de la sociologie de Bourdieu.

Homme de culture, Msa Ali Djamal a également dirigé les éditions de La Lune avant de laisser le flambeau à son acolyte, Abdoulatuf Bacar. Ensemble, ils ont initié « les cafés littéraires des auteurs comoriens», un projet audio-visualisé qui mettait en lumière l’intellectuel comorien et les recherches publiées sur les Comores. Msa Ali Djamal n’est donc pas un inconnu du monde culturel comorien en France. De France, Msa Ali Djamal a eu le soutien de certains de ses compatriotes de la diaspora et sa nomination à la tête de l’ORTC doit certes beaucoup à son investissement pour la campagne du président Azali mais aussi, à certains frères et sœurs comoriens de France qui ont vu en sa nomination, la présence d’un de leurs parmi les hauts dirigeants de l’État.

Connu et ovni

Si Msa Ali Djamal, comme nous l’avons indiqué, est très connu par les Comoriens de France, il était complètement méconnu aux Comores jusqu’à sa nomination; une situation qui a contribué à son éviction. En effet, Msa Ali Djamal n’est rentré aux Comores que pour occuper son poste de directeur de l’ORTC. Sa nomination est intervenue alors qu’il se trouvait encore en France à un moment où les rumeurs qui circulaient, attribuaient, dans un premier temps, le poste à Ahmed Ali Amir, actuel directeur général du quotidien national Alwatwan.

 A son arrivée aux Comores, Msa Ali Djamal était donc un parfait inconnu. Les vétérans et poids lourds de la chaîne, mécontents de voir la promotion d’un véritable quidam à leurs propre dépens, ont accueilli la nouvelle avec appréhension et grincement de dents. Là, est né le creusé.

Les raisons d’une éviction peu glamour

Msa Ali Djamal s’est donc retrouvé en terrain hostile du jour au lendemain. Ambitieux, il se croit à l’époque capable d’affronter ces « baobabs» et mettre un peu d’ordre au milieu d’un véritable capharnaüm. Il faut dire que de l’ordre, il en manque cruellement à l’ORTC. Il décide alors d’appeler son bras droit, Abdoulatuf Bacar qui fut aussitôt promu rédacteur en chef de la télévision nationale. Ensemble, ils rêvent de redresser la maison et entreprennent quelques changements qui vont passer inaperçus. Ils aménagent les plateaux et commencent un travail inachevé de numérisation de la chaîne. Ils ont également accordé quelques primes à quelques employés jugés «méritants».

Mais, les méthodes jugées trop rigoureuses de l’inconnu qu’est Djamal et l’arrivée d’Abdoulatuf et de Lihoma, quelques temps plus tard, peinent à passer aux yeux des ténors de la chaîne. Msa Ali Djamal est catalogué de vouloir se comporter en Français aux Comores, il ignorerait les réalités du pays et ne serait donc pas à la hauteur des responsabilités qui lui ont été confiées. De plus, en faisant appel à ses hommes de confiance, Msa Ali Djamal est accusé, même si les accusations furent secrètes, de sectarisme. Il voudrait réduire la direction de l’ORTC à ses camarades venus de France. Des camarades «arrogants» et peu rodés au fonctionnement particulier de cette chaîne comorienne. De l’arrogance, c’est exactement les reproches qu’on faisait le plus souvent à Djamal.

Une espèce de lobbying s’est mise en place et Msa Ali Djamal était devenu l’homme à abattre. La pression était tellement forte qu’elle est parvenue à maintes reprises aux oreilles du président Azali. Lassé par ces pressions continues, le président a fini par céder et déclarer la fin du règne Djamal. Et pour maquiller le limogeage de son ancien grand défenseur, Azali évoque la diffusion d’un documentaire qui aurait froissé la République populaire de Chine amie, mais en réalité, il ne s’agit là que d’un prétexte tout trouvé. C’est l’arbre qui cache la forêt.

Dans cette histoire, le président de l’Union aura manqué d’élégance. Le limogeage de Djamal a été rendu public bien avant que le principal intéressé en soit avisé. Des journalistes d’Alwatwan et d’ailleurs ont été les premiers informés. A l’annonce de sa chute, Djamal se trouvait dans un « Hitma» en la mémoire d’un ancien collègue de l’ORTC disparu en mer entre Shindini et Mohéli. Il ne sera averti de son limogeage qu’à l’issu de cette cérémonie religieuse, c’est à dire après tout le monde tel un acteur qui a mal joué son rôle.

A qui profite le crime? Coïncidence ou ironie du sort, le successeur par intérim de Djamal n’est autre que Ben Abdou, un ancien, un très ancien de la maison. Cet intérim, défendu par le sulfureux ministre de l’intérieur, autant dire qu’il risque d’être prolonger sinon de s’éterniser. Djamal à la tête de l’ORTC, c’est l’histoire d’un homme trop convaincu, qui a trop donné pour un pouvoir qu’il n’ a eu qu’en apparence.

O. M

Les coulisses de l’après Anda

IMAGE ANDA
Le terme Anda, vient de l’Arabe classique, Andat, ce qui signifie habitude. D’ailleurs, il est souvent utilisé dans des expressions populaires comme, Kamal anda, ce qui signifie, comme d’habitude, comme à l’accoutumée. Le Anda relève donc de la coutume comorienne. Il exige que tout homme, surtout l’aîné d’une fratrie, épouse une femme, de préférence du même village, au vu et au su de tous. Le Anda est donc un mariage essentiellement endogamique et particulièrement ostentatoire.
Dans la pratique, le marié amasse une somme colossale d’argent et nourrit tout son village et parfois même au delà ( notamment dans le cadre des madjlis) durant toute une semaine. Or, argent et mets sont dépensés démesurément et les mariés, qui se sont souvent endettés au préalable, entrent dans une spirale infernale de dette et de crédits infinis.
Les plus grands sacrifiés de ces mariages rocambolesques sont ceux qui n’auraient jamais du être abandonnés par leurs propres parents. Les enfants. Ils sont souvent soumis aux mêmes restrictions que leurs parents et alors, au sein des familles, des tensions en tout genre s’installent; parfois elles sont réglées, parfois elles virent au cauchemar des dislocations familiales.
Il est parfois, des cas aberrants de mariages arrangés ou montés en toutes pièces du jour au lendemain pour ne pas manquer l’occasion de conclure son grand mariage. Plus souvent, ces mariages opportuns ou express, ne durent pas longtemps; les divorces se multiplient et, hormis les dépenses faites de part et d’autres, personne ne gagne dans ce genre de mariage.
Tout cela pour acquérir une certaine notoriété dans la société. Le Anda confère en effet, le tire d’homme accompli, Mdru Mdzima. L’homme accompli, auréolé de ce nouveau statut, peut donc décider de certaines affaires qui concernent la cité. Il peut même décider de l’excommunication de toute personne dont le comportement déplacé nécessite cette mise à l’écart. La question qui se pose est donc la suivante. Peut-on continuer aujourd’hui, à vivre sous le poids de ces mariages fardeaux ?
Notons que, contrairement aux mariages conventionnels, le grand mariage est obligatoire. Et celui qui, par malheur, manque à ce devoir, est ciblé, pointé du doigt et même marginalisé. Le mariage ne devrait-il pas être privé et ainsi être exécuté par quiconque le souhaite ?
Voilà donc le grand mariage. Un mariage au pouvoir étendu, pouvoir qui s’étend jusque dans l’intimité de l’individu. Certes, chaque pays a ses us et coutumes. Nous ne devons donc pas vider le nôtre des legs de nos ancêtres. Mais il nous faut tout de même nous attaquer à certaines perversions pour le bien de tous.
Retirons au grand mariage, son caractère obligatoire. Rendons le Anda facultatif comme le sont tous les autres types de mariage de part le monde. Retirons les privilèges conférés aux hommes accomplis. Ainsi, le Anda deviendra l’affaire de ceux qui le veulent; il retrouvera donc le côté festif et joyeux de tout mariage. Évitons enfin de stigmatiser les wana mdji ( enfants de la cité), ceux qui ne sont pas encore passés par la case grand-mariage.
En somme, bien qu’il ne faille pas rayer le Anda de nos institutions traditionnelles, il faut le toucher d’une nouvelle emprunte pour la quiétude de tous. Nous devons supprimer de ce mariage, son caractère contraignant et coercitif. On ne peut permettre qu’en 2017, le mariage, censé représenter l’amour entre deux êtres chers, soient l’apanage de certaines personnes qui en tirent profit au détriment des mariés et de leurs ayants droit. Parlons-en, ouvrons le débat.
Omar MIRALI