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Le 3 août 1975 : un coup d’Etat pour l’unité et la démocratie

 

Le 3 août 1975 : un coup d’État pour l’unité et la démocratie

 

Ali Soilihi Mtsachiwa, révolutionnaire comorien

Ali Soilihi Mtsachiwa (1937-1978), révolutionnaire comorien, chef d’État de 1976 à 1978.

Le 3 août 1975, moins d’un mois après la déclaration unilatérale d’indépendance des Comores, les leaders de l’opposition comorienne, regroupés au sein du Front National Uni (FNU) s’emparent du pouvoir par les armes et mettent fin à la présidence d’Ahmed Abdallah qui était alors à Anjouan.

Si l’on en croit les principaux acteurs, Ali Soilihi, à la tête d’une dizaine ou d’une vingtaine de militants a pris le contrôle de la caserne de la Garde des Comores à Moroni avec l’accord de son commandant. Le coup d’État aurait été accompli avec « deux voitures R4, quatre fusils de chasse et cinq pistolets » selon Ali Soilihi. La prise de pouvoir se poursuit les jours suivants par le ralliement de l’île de Mohéli le 7 août. Mais des négociations directes à Mayotte n’aboutissent pas au retour de l’île dans le giron comorien. À la Grande-Comore, c’est Ali Soilihi lui-même qui se rend dans le Hamahame avec 12 hommes pour mettre fin à la rébellion takiste, le 2 septembre. Bob Denard arrive dans le pays en septembre et il est chargé, le 21 septembre, d’aller à Anjouan pour capturer Ahmed Abdallah. Après cela, l’île d’Anjouan se rallie au nouveau régime.

Le coup d’État du 3 août 1975 est la conséquence directe de la manière dont l’indépendance des Comores a été préparée depuis 1972 et du mode opératoire qui a finalement prévalu : la déclaration unilatérale.

Il faut d’abord noter que jusqu’à aujourd’hui, aucune étude sérieuse n’a été menée par les historiens sur ce putsch et qu’on se contente souvent soit des explications des acteurs (particulièrement Ali Soilihi) ou des opposants (essentiellement l’ASEC et les chefs du parti Udzima qui avaient besoin de justifier le coup d’État qu’ils ont eux-mêmes commis en 1978).

« Le 3 août » est souvent perçu comme le coup d’État d’Ali Soilihi car c’est lui qui a incarné par la suite la révolution comorienne, par ses actions sur le terrain et ses discours à la radio. Mais, il s’agit d’un raccourci qui n’est pas conforme à la vérité historique. Ce coup d’État a été mené par l’ensemble de l’opposition au pouvoir d’Ahmed Abdallah. En grande majorité, ce sont de jeunes des grandes villes, souvent issus de la notabilité qui est alors au pouvoir depuis le début de l’autonomie interne et mieux formés que leurs prédécesseurs. Ils se sont opposés aux « Accords du 15 juin 1973 », conclus entre l’exécutif français (représenté par B. Stasi, secrétaire d’État aux DOM-TOM) et Ahmed Abdallah (président du Conseil de Gouvernement). Ces accords prévoyaient qu’après l’indépendance tous les pouvoirs seraient entre les mains d’Ahmed Abdallah et du parti vert. Or, l’opposition avait subi les excès de pouvoir des dirigeants du « parti vert » depuis le début de l’autonomie interne (1961) et savait que dans le cadre d’un État indépendant, ces excès qui étaient encore contrôlés par l’État colonial pouvaient se transformer en dictature. A ce propos, elle avait vu juste puisqu’après la restauration, le « parti vert » a mis en place une dictature soutenue par les mercenaires de Bob Denard, payés par le régime de l’Apartheid, de 1978 à 1989.

L’autre danger, soulevé depuis 1958 avec la décision de procéder au transfert du chef lieu de Dzaoudzi (Mayotte) à Moroni (Grande-Comore) était la possible sécession de l’île de Mayotte, dont les habitants avaient subi des vexations pendant toute l’autonomie interne et dont les dirigeants politiques avaient clairement exprimé, pour le moins, leur méfiance envers Ahmed Abdallah. Le Mouvement populaire Mahorais (MPM) avait d’ailleurs rejoint l’opposition pour trouver une « solution comorienne » et éviter la dictature et la sécession.

C’est donc toute l’opposition à Ahmed Abdallah, regroupée au sein du Front National Uni (FNU) qui prépare et  accomplit le putsch du 3 août 1975. Il est probable qu’Ali Soilihi n’a pas eu le rôle le plus important pendant ce putsch, au cours duquel des personnalités comme Abbas Djoussouf, Saïd Bakar Tourqui ou Naçr-Eddine Saïd Ibrahim… se sont illustrées. Malgré ce qu’on peut lire ici et là, souvent repris des slogans de l’ASEC, ce putsch n’a pas pour objectif de donner le pouvoir à Ali Soilihi. Au lendemain du coup d’État, le pouvoir est donné provisoirement au prince Saïd Mohamed Djaffar et de Paris, le prince Saïd Ibrahim se déclare solidaire des putschistes et prêt à assumer le pouvoir.

Prince Saïd Ibrahim (1911-1975), président du Conseil de Gouvernement de 1972 à 1975.

Prince Saïd Ibrahim (1911-1975), président du Conseil de Gouvernement de 1972 à 1975.

Saïd Ibrahim est en fait attendu par la grande majorité de l’opposition pour incarner le nouveau pouvoir. Depuis qu’il a été évincé par une motion de censure menée par Ahmed Abdallah et le parti vert, il cherche les moyens de revenir aux affaires et il travaille ses réseaux en France (c’est un gaulliste véritable et il a été député des Comores à l’Assemblée nationale française). C’est sans doute lui qui met en relation Ali Soilihi, Saïd Bakar Tourqui et Marcel Henry avec certains réseaux français qui vont appuyer ce coup d’État. Il symbolise alors l’unité du pays. Il est soutenu par un parti (UMMA), il peut compter sur le soutien de toute la nébuleuse autour d’Ali Soilihi et son parti (MRANDA) car le révolutionnaire comorien a un profond respect pour cet homme. Mais l’avantage du Prince sur Ahmed Abdallah, c’est qu’il a toujours eu des relations très cordiales avec les Maorais et leurs dirigeants. Après la mort de Saïd Mohamed Cheikh (1970), il a su leur parler et leur faire oublier, pour un moment, les vexations subies. Le MPM, intégré dans l’opposition à Ahmed Abdallah se dit prêt à travailler pour un État comorien dans l’indépendance si Saïd Ibrahim est au pouvoir.

Or, n’en déplaise à ceux qui disent que le coup d’État du 3 août 1975 a provoqué le départ de Mayotte, dès le 9 juillet 1975, trois jours après l’indépendance, Mayotte ne fait plus partie de l’Etat comorien. Le gouvernement français a accepté l’indépendance des Comores formé de trois îles, mais a affirmé que Mayotte restait française. Du coup, le MPM refuse de participer à l’élaboration d’une nouvelle constitution et confirme que Mayotte demeure française. La rupture est faite entre Mayotte et « l’Etat Abdallah » dès ce 9 juillet.

Donc, que l’on croit ou non à la sincérité des putschistes, les objectifs du coup d’État sont clairement affichés : empêcher Ahmed Abdallah de s’emparer de tous les pouvoirs et rétablir l’unité de l’État comorien, en permettant aux Maorais de retrouver leur place dans un État fédéral avec une autonomie large accordée aux îles.

Malheureusement, Saïd Ibrahim décéda sur le chemin du retour en décembre 1975 et le MPM avait ressérré les liens entre Mayotte et la France, contrairement aux engagements pris avant le putsch. Sans parler du fait que les jeunes notables et bourgeois qui avaient fait le coup d’État pensaient pouvoir user des honneurs et des prérogatives de l’État exactement comme ceux qu’ils venaient de renverser. Or, à la sortie de la colonisation, les changements étaient nécessaires, ne serait-ce que du point de vue économique. Ali Soilihi et quelques leaders l’avaient compris, ce sont ceux-là qui allaient transformer « le 3 août » en un geste révolutionnaire, en prenant le pouvoir en janvier 1976, cette fois par une élection régulière.

Mahmoud Ibrahime

Tentative de Coup d’Etat. Une justice fondée sur une présomption de culpabilité

Tentative de Coup d’Etat, Une justice fondée sur une présomption de culpabilité

AccusesLes juges honnêtes doivent décider de balayer devant la porte de notre justice. Les éléments indésirables qui, depuis trop longtemps, ont terni l’image de celle-ci en condamnant souvent des innocents nous n’en voulons plus.  Que pouvons-nous dire d’autres ? Oui, des innocents dans la mesure où les politiques qui manipulent cette affaire et, qui ont leurs mains sur notre justice depuis des lustres n’ont pas encore donné la faveur aux juges corrompus de juger les présumés coupables de la soit disant tentative de coup d’Etat. Ces juges qui oublient habituellement l’exigence de leur noble profession, celui de dispensateurs impartiaux de la justice ne doivent pas continuer à exercer cette fonction.

Depuis 10 mois, des jeunes comoriens se trouvent en prison et aucun jugement n’est prévu dans les mois qui viennent pour que lumière soit faite sur cette affaire. Un acte du gouvernement qui soulève de graves inquiétudes sur l’illégalité et la partialité de la justice comorienne. Vous avez pu le constater. Récemment ABOU ACHIRAFI ALI, ancien directeur de la DNST est libéré sous caution par notre justice, alors que des preuves tangibles l’impliquant dans l’affaire de vente illégale de nos documents officiels existent.

Une justice à double vitesses. Quand on a les moyens ça passe, dans le cas contraire on périt dans les alvéoles de la prison de Moroni. C’est ce qui arrive en ce moment même à :

–       IBRAHIM ALI IBOUROI (Babatay),

–       TOYIB MAAROUF,

–       AHMED ABDALLAH,

–       AMDJAD SATOULOU,

–       ZAROUK et 9 autres personnes.

Dans notre pays personne n’est épargnée par une injustice d’une justice fondée sur une présomption de culpabilité. On voit bien une manipulation politicienne visant à détruire la vie d’autrui.  L’avenir proche nous dira le plan que nos actuels dirigeants envisagent pour ces jeunes. Qu’ils nous disent si ces jeunes sont désormais des « détenus perpétuels » dans l’enfer carcéral des Comores.

Voici  des faits qui  provoquent encore une vague d’indignation, une partie de l’opinion publique ayant la sensation que ce sont des innocents  que l’on poursuit, elle demande à la justice de relâcher les victimes, mais le tribunal de Moroni n’a donné aucune réponse sur le sort de ces personnes prises pour proies faciles. Nous nous rappelons du début de cette affaire, il y a encore 10 mois ; avec une certaine virulence, le gouvernement a tenté de persuader le peuple comorien que l’armée et la justice ont fait leur boulot en arrêtant des voyous qui voulaient renverser le pouvoir en place. Plusieurs noms des hautes personnalités y compris même du gouvernement ont été cités. Mais, comme c’était un coup monté, il va falloir pour le gouvernement garder certains individus pour que personne ne parle.

Sans vouloir faire le travail de la justice, nous nous permettons de dire que ces hommes sont gardés en prison pour rien car jusqu’à preuve du contraire la justice n’est pas prête à juger ces accusés, puisqu’il n’y a aucune preuve. Dans notre pays, les vrais organisateurs de coups d’Etat ont été honorés par notre justice.

Que la justice comorienne nous dise clairement qu’elle est là pour punir les faibles seulement ou bien si elle compte un jour faire son travail comme elle devrait le faire. Dans beaucoup de pays, des mouvements brutaux ont fait couler beaucoup de sang à cause de l’injustice sociale, mais souvent aussi contre une justice partiale et partielle.

Nous ne souhaitons pas que pareilles choses arrivent chez nous car ce sera pire. Notre pays souffre de ne pas avoir une vraie justice. Tout le monde en parle, mais personne n’est prêt à engager un mouvement véritable pour changer cette pratique hideuse qui ne cesse de gangréner notre société.

Nos dirigeants doivent mettre dans leur tête qu’ « une frustration encourue au cours de longues années engendre la révolte, la soif de liberté ». Et quand cela arrivera ce ne sera pas la révolte en elle-même qui sera noble, mais plutôt ce qu’elle exigera.

Abdourahim Bacari (Papadjo)