Réunion

Un tragique accident à la Réunion

Le drame s’est produit la nuit du 10 décembre 2014 aux environs de 22 heures (heure de La Réunion), à l’Avenue Georges BASSENS (Saint Denis) à côte de la « Pyramide inversée » abritant l’Hôtel de Région Réunion et l’entrée Est de l’Université.

Les victimes sont des jeunes étudiants âgés de 18 à 21 ans et une autre personne âgée de 40 ans environ. Ces jeunes étaient tous en Licence (fac Lettres en majorité, Fac Sciences et un autre qui était en BTS). On dénombre cinq morts et une jeune fille, Loraine LORETTE, en soins intensif à l’hôpital Belle Pierre. Julien LEBEAU, Wiliam CREVIL, David ALI MITA, Raphaël MOREL et Carl PETAR.

Ils ont été percutés sur le passage piéton par un Citroën C2, rouge selon les témoins, d’un jeune de presque le même âge que celui de la majorité et, qui est lui aussi un étudiant au Lycée technique G. Peters qui se situe à quelques pas de l’Université. Les causes sont loin d’être miraculeuses. L’excès de vitesse sur une route limitée à 130 Km et l’inconscience semblent être les plus évidentes. Le taux d’alcoolémie relevé par la police scientifique donne les premiers indices.

Les étudiants de l’Université qui sont en phase finale de leurs épreuves d’examens du premier semestre ainsi que les familles des victimes sont perturbés. L’Université a mis en place une cellule d’aide psychologique d’urgence dans l’enceinte de l’université afin d’aider ces derniers à surmonter les perturbations morales et psychiques dues à cette tragédie.

Nous présentons nos sincères condoléances aux familles et proches des victimes et prions pour que Loraine nous revienne le plutôt possible !

Amir Mohamed

Les funérailles de l’historien Sudel FUMA

Les funérailles de l’historien Sudel FUMA

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Sudel Fuma après la soutenance de thèse d’Ibouroi Ali Toibibou (le 2e, à partir de la gauche, en chemise blanche).

Les funérailles officielles de l’historien Sudel Fuma ont eu lieu aujourd’hui, 17 juillet 2014 à Saint Denis (la Réunion), dans le quartier de « COMMUNE-PRIMA » de 11h à 14h, heure locale.

De nombreuses personnalités et amis y ont participé pour lui rendre un dernier hommage et présentér leurs condoléances à la famille du défunt. Des autorités politiques, des chercheurs, des cadres et administrateurs d’une part ont montré leur compassion envers cette personnalité sympathique, souriante, humble, d’une humeur rayonnante…. D’autre part des amis, des artistes, des étudiants et associations ont eu l’amabilité d’y assister pour partager la tristesse de sa famille.

Les médias réunionnais n’ont pas manquée de faire redécouvrir ce chercheur en diffusant les témoignages d’intervenants qui mettaient en avant sa carrière et sa personnalité. Il est une « lune qui ne s’éteint jamais » martèle l’une des personnes présentes à cette cérémonie d’adieu. « Son sourire est toujours là, je le vois », dit une autre, ajoutant : « Sudel, tu n’es pas parti, tu es parti en voyage au paradis ». « Ce Grand Homme, ce Grand Créole », ce chercheur infatigable et historien de rang magistral a reçu de nombreux saluts, en parallèle aux adieux de sa famille et de ses amis, plus particulièrement ceux des autorités, des universités et universitaires, de la communauté des historiens de Madagascar qui ont consacré un article spécial pour lui dans un journal malgache L’express n°14105.

L’Association des étudiants comoriens à la Réunion (ACER) a pris part à ces funérailles pour présenter les sincères condoléances les plus attristées à la famille du défunt, à l’Université et à la communauté scientifique.

Des chants, des poèmes, des anecdotes humours et narrations se sont succédés pour raviver la mémoire de Sudel FUMA. C’est dans ce contexte qu’Ismael Aboudou d’origine comorienne, un des candidats malheureux des dernières élections municipales du Nord présenta avec ferveur un texte humoristique qui n’avait d’autre point à retenir que la valorisation de la recherche historique entreprise par le regretté chercheur. A la fin de cette tradition festive, le cercueil a été amené par ses proches au Sud de l’île pour y reposer en paix.  

Qui était Sudel Fuma ?

Né à Saint Pierre (à l’île de la Réunion) en 1952, il est décédé au large du port (Réunion) le 12/07/ 2014. Il était historien spécialiste de la Réunion et ses recherches s’élargissent à l’Océan Indien.

Il a travaillé beaucoup sur l’histoire de l’esclavage. Parmi ses publications on distingue :

– Esclaves et citoyens, le destin de 62 000 Réunionnais : Histoire de l’insertion des affranchis de 1848 dans la société réunionnaise », 1982.

– Réflexions sur quelques aspects du racisme dans la société coloniale réunionnaise au XIXe siècle », 1983. « Sport et départementalisation » : 1946-1970, 1996.

– Un exemple d’impérialisme économique dans une colonie française au XIXe siècle : L’Île de La Réunion et la société du Crédit Foncier Colonial, Éditions L’Harmattan et l’Université de La Réunion, 2003… ainsi que nombreux articles.

-Il a aussi été un homme politique, un militant engagé et élu de gauche. Il était un militant des Droits de l’Homme

Sportif, il a représenté la Réunion dans les Jeux des îles de l’Océan Indien en tant que athlète en 1979 aux 800 et 3 000 mètres. Puis il était devenu président de la Ligue réunionnaise d’athlétisme.

Il était à l’origine de la renaissance du Morring à la Réunion.

Les fouilles archéologiques effectuées sur l’île lui ont permis de créer une association des archéologues à la Réunion. Il était membre de l’AIHOI (l’Association internationale pour l’histoire de l’océan indien).

Amir MOHAMED

 

Sudel Fuma n’est plus, les étudiants comoriens à la Réunion sont en deuil

Sudel Fuma n’est plus, les étudiants comoriens à la Réunion sont en deuil

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Sudel Fuma (2e à partir de la gauche) lors de la soutenance d’Ibouroi Ali Tabibou

Sudel FUMA, Professeur de l’Université de la Réunion, a subitement disparu hier en fin d’après midi au Port, suite à une sortie en mer.

L’historien de la Réunion et de la région de l’Océan Indien occidental a fortement contribué à la valorisation de la culture réunionnaise. Nombre de ses recherches étaient focalisées sur l’esclavage, l’histoire de l’art et de la culture, la mémoire, l’histoire économique, la colonisation… Il a mené des recherches sur la région de l’Océan Indien et même sur d’autres régions. Les contributions aux colloques et les articles scientifiques innombrables s’ajoutent aux nombreux ouvrages qu’il a publiés durant presque trois décennies. Il a été également un des piliers de la recherche en archéologie à la Réunion. Il était membre de jury et directeur de mémoires de masters et de thèses à l’Université de la Réunion. Parmi ses étudiants, se trouvent de nombreux comoriens qu’il a dirigés dans leurs recherches, comme ce fut le cas récemment pour Ibouroi Ali Tabibou (voir ici ou ). Ils sont tous en deuil aujourd’hui.

Sudel Fuma occupait également des fonctions administratives à l’université de la Réunion. Il était membre de différentes associations notamment l’Association Historique et Internationale de l’Océan Indien (AHIOI).

L’historien était un homme engagé et il ne cachait pas ses idées de gauche. Il était d’ailleurs élu sur la liste de Gilbert Annette à la municipalité de Saint-Denis depuis 1989. Il occupait la fonction d’adjoint au Maire, de Conseiller Général jusqu’au milieu des années 1990.

Il était attiré par la mer, elle l’a pris hier soir, alors qu’il était dans un bateau de pêche, son autre passion.

L’historien laisse une image inoubliable aux étudiants d’origine comorienne à la Réunion. Il était conscient des soucis qu’ils rencontraient et était toujours près d’eux pour les encadrer, les soutenir moralement et scientifiquement. C’est aussi un homme de grand cœur que perd la communauté scientifique.

 Amir Mohamed

Droits des étudiants comoriens à la Réunion : conférence de Me Mihidhoiri

Droits des étudiants comoriens à la Réunion : conférence de Me Mihidhoiri

aecr2Les associations GYK (Génération Ya Kweli) et AECR ( Association des Etudiants Comoriens à la Réunion) ont organisé une conférence-débat le 28 juin dernier au CROUS de la Réunion pour informer les étudiants comoriens présents dans cette île française de leurs droits en matière de renouvellement du titre de séjour, de changement de statut, de travail et de recours en cas de refus de délivrance de titre de séjour. Maître Mihidhoiri Ali, avocat d’origine comorienne établi dans l’île était le conférencier principal.

La conférence a commencé par une présentation de la GYK (Génération Ya Kweli) faite par la Trésorière Générale de cette nouvelle association qui a affirmé que ses principaux objectifs ne sont que sociaux : « venir en aide à la population démunie». 

En effet selon le conférencier, l’étudiant a le droit de travailler à hauteur de 60% de la durée légale. Ce qui signifie qu’il ne doit pas atteindre le barème de 35 heures par semaine. Il ne devrait pas dépasser 964 heures par an. Sa rémunération ne doit pas être supérieur à 1,5 fois le SMIC. Sont exclus les doctorants. Ces derniers peuvent demander une dérogation auprès de la préfecture leur donnant le droit à travailler conformément à la durée légale. L’avocat a rappelé cependant qu’un récépissé n’autorise pas l’étudiant à travailler.

S’agissant du renouvellement du titre de séjour, Maître Mihidhoiri a affirmé au public que, conformément à la loi française, les étudiants qui sont dans un cursus de longues études peuvent demander ou renouveler des titres de séjour pluriannuels (2 à 4 ans). Il affirme qu’un changement d’orientation peut donner droit à un renouvellement de titre de séjour si et seulement si il est cohérent avec la formation initiale.

En ce qui concerne le changement de statut pour un couple d’étrangers voulant renouveler leurs titres de séjour au terme d’un statut privé, il leur est nécessaire de procéder à la démarche du regroupement familial sur place ou à l’étranger. Ils doivent justifier de ressources ainsi que d’une habitation répondant aux normes mentionnées par la loi. Au cas où le couple est mixte (étranger (e)/ français (e)), l’avocat parle d’une « diarrhée législative » ; du fait que les amendements opérés sur les lois qui touchent ce sujet semblent innombrables. Le couple doit en gros justifier d’une communauté de vie avec les justificatifs de domicile (bail du loyer, factures…), d’un compte commun, d’avis d’imposition, d’un certificat de mariage, etc.).

Dans le cas d’une demande au titre de parent, ce dernier doit justifier du fait qu’il pourvoie à l’entretien et à l’éducation de l’enfant en question. Dans le cadre d’une vie commune, il y a là « une présomption » selon toujours notre intervenant. Il suffit alors que les ou le parent en atteste en mettant en avant ‘’une affection d’un parent envers son enfant’’.

S’agissant du droit commun, l’étudiant qui décroche un travail dans un territoire français est astreint à attendre que son employeur fasse les démarches : émission d’annonce auprès du pôle emploi. Et si après deux semaines aucun citoyen français ne s’est présenté, ce service délivrera une attestation lui permettant de compléter les dossiers du poste en question pour la préfecture. Maître Mihidhoiri appelle cela « le parcours du combattant ». Car, si on arrive à vaincre par miracle les chômeurs inattentifs et impatients, cela ne suffit pas. Le patron doit pouvoir convaincre sur dossier l’administration. Le titre de séjour sera délivré en fonction du contrat.

Le statut d’étudiant étranger le plus favorable est celui de travailleur, obtenu après le niveau master, qui est en cohérence avec sa formation. Celui qui en bénéficie peut avoir soit la carte de compétence talent (C.T) soit la carte scientifique comme le cas de ceux qui travaillent à l’université. Entre la fin d’études et le temps de décrocher une embauche, le futur employé peut demander l’APS (autorisation provisoire d’un séjour). Cela ne dépasse pas 6 mois.

En ce qui concerne le dernier point de l’intervention, l’expert a montré les raisons qui pourraient être à l’origine d’un refus d’une telle ou telle demande ainsi que les solutions. En somme, pour le statut d’étudiant, un refus peut être émis par l’administration compétente quand l’étudiant ne répond pas à son unique tâche. Pour les autres statuts, la seule chose qui pourrait être gênant c’est la détérioration du statut lui accordant ce titre. Donc les solutions sont : faire recours à la justice administrative si l’on croit qu’on est fondé à le faire. Sachant que la victime n’a qu’un mois pour faire ce recours. Il doit écrire à l’autorité compétente pour lui demander d’annuler la décision en attendant la délibération du juge administratif.

Amir MOHAMED

Ramadan 1453 : enjeu et pratique religieuse

Ramadan 1435 : enjeu et pratique religieuse.

Lune

L’apparition de la lune détermine le début du mois de ramadan

Le mois de Ramadan est arrivé. Il s’agit de jeuner dès le crépuscule (entre 5h26… 28) jusqu’au coucher du soleil (17h 50… 18h 01) à la Réunion, selon le calendrier publié par la communauté musulmane.

Des bienfaits d’ordre religieux et scientifique :

D’abord selon les théologiens et en s’appuyant sur des témoignages, jeûner répond à plusieurs critères. Cet acte témoigne de la soumission du fidèle envers Dieu. Il justifie le degré de piété de celui-ci devant Dieu. Il met en relief l’égalité entre les fidèles devant Dieu (riche, pauvre, noir, blanc, du nord, du sud, ….). Il facilite également une prise de conscience de la vie quotidienne.

Le plus important suivant les actes d’adoration, c’est que les points des fidèles montent en flèche par rapport aux autres mois. Les péchés sont pardonnés sans limite. Les spécificités du mois de ramadan dans les actes d’adoration sont le Suhur et le Tarawèh, respectivement un « petit grignotage »avant le début de chaque jeûne et des prières nuptiales qui suivent, si l’on veut, la dernière prière de la journée. Ces deux actes ne sont pas obligatoires, mais ils sont fortement recommandés.

Pour ce qui concerne les valeurs scientifiques. « Jeûnez, vous acquerrez la santé ! » selon le prophète. En s’appuyant sur la publication du ministère de la santé du Royaume de Maroc, on enregistre plusieurs biens faits : il lutte contre les pathologies métaboliques (excès de cholestérol, triglycérides, diabète, gras…), améliore la forme physique et intellectuelle. Le jeûne permet également de rajeunir la peau, fortifier les dents, renforcer la chevelure, apaiser les sens, accroitre la concentration, etc.

Pour le site web d’‘’IslamHouse’’, les avantages sont : « purification du corps des toxines, réduction du poids, pureté du cerveau, régénération du corps et du sang, qualité de vie plus grande ». 

Un sujet qui divise

En France, à la Réunion, en Arabie Saoudite, en Egypte, en Belgique et en Indonésie, les Musulmans dans leur majorité commenceront le jeûne le 29 juin. Tandis que d’autres pays ne savent pas encore s’ils le feront à partir de demain ou pas. C’est le cas pour les Comores.

On assiste ces derniers temps à des débats parfois houleux sur le début et la fin de ce mois sacré. Les uns s’appuient sur les traductions littérales des versets coraniques et les Hadiths du prophète (paix à son âme). Ils prétendent que chaque pays doit jeûner à condition que « la lune soit vue dans son environnement géographique avec des témoignages surs et fiables ». Cependant d’autres spécialistes de la théologie avancent que quel que soit l’endroit où est vue la lune avec précision, toute la planète doit jeûner.

Leur point commun est que la lune doit être vue. Leurs divergences reposent sur la vue et l’espace.

Les derniers montrent bien que grâce à la technologie qui n’est pas bannie par la religion, on peut se fier sur les observatoires mécaniques (les radars par exemple), mais aussi sur les systèmes d’information car, l’information circule vite. Ce qui facilite les échanges, le rapprochement, la rapidité de la communication… Ensuite, ils se réfèrent à toutes les sciences surtout géographique et astronomique. Sur ce, ils réaffirment qu’il n’existe pas dans cette planète un décalage horaire entre deux pays qui dépasse 24h00. D’où aucun pays ne doit jeûner ou finir à un jour d’avance ou de retard par rapport aux autres.

Amir MOHAMED

Colères des politiciens maorais après le Conseil des Ministres de la COI à Moroni

Colères des politiciens maorais après le Conseil des Ministres de la COI à Moroni

Daniel Zaïdani, Président du Conseil Général de Mayotte

Daniel Zaïdani, Président du Conseil Général de Mayotte

Pour consolider leurs relations, les îles de l’océan indien membre de la COI se réunissent chaque année pour discuter sur des points sensibles et importants au sujet de l’économie, l’environnement, la coopération régionale… Du 10 au 11 avril, le Conseil des Ministres de la COI s’est tenue à Moroni pour discuter de l’ouverture de l’organisation à d’autres Etats, son autonomie financière ainsi que d’autres sujets jugés stratégiques. Tous les représentants des îles membres présents se disent satisfaits du déroulé de la réunion et de l’accueil chaleureux qui leur a été réservé par les autorités comoriennes. Par ailleurs, Ahmed Attoumani Douchina, désigné par le président du Conseil Général de Mayotte s’est vu interdit de participer à cette réunion. Un geste qui choque profondément les Maorais en général et une honte pour le Conseil Général en particulier. Le plus triste pour les dirigeants politiques maorais, c’est le fait que Douchina a été interdit par ceux qui étaient censés le défendre. A Mayotte c’était la panique générale, les habitants croyant que la décision venait directement des autorités comoriennes. Mais, mardi 16 avril, lors du journal de 19 heures de Télémayotte, l’invité du jour, Daniel Zaïdani, Président du Conseil Général a donné plus de précisions sur la question. Il a dit comprendre la position des autorités comoriennes sur le représentant maorais. Mais ce ne sont pas eux qui l’ont interdit de prendre part à la réunion selon le président du Conseil Général. C’est plutôt Claudine Ledoux, ambassadrice déléguée à la coopération régionale dans l’Océan Indien. Daniel Zaïdani trouve ce geste très dangereux pour l’avenir et le devenir de Mayotte. « C’est dangereux pour notre département et une honte pour les responsables de la République française qui n’osent pas défendre à haute voix et beaucoup de fermeté le statut de Mayotte à l’extérieur des territoires français, surtout à Moroni » a-t-il déclaré. Le président du Conseil Général a appris aux Maorais qu’il a désigné Attoumani Douchina parce que le Préfet lui avait dit que Mayotte pouvait participer à ce Conseil des ministres de la COI. Ce refus de Claudine Ledoux de la participation d’Attoumani Douchina à cette réunion de la COI s’est produit quelques semaines avant le quatrième anniversaire de la départementalisation de l’île de Mayotte. Il faut également noter que les dirigeants politiques maorais ne sont pas indifférents à ce qui se passe en ce moment en Europe de l’Est, notamment en Crimée, l’annexion de celle-ci par la Russie étant jugée par l’État comorien et dans le monde comme comparable au cas maorais.

Abdourahim Bacari (Papadjo)

Ibouroi Ali Tabibou fait entrer les Makua dans l’histoire des Comores

Soutenance de thèse

Ibouroi Ali Tabibou fait entrer les Makua dans l’histoire des Comores

 

L’historien Ibouroi Ali Tabibou est rentré à Moroni ce lundi 7 avril après avoir soutenu sa thèse à l’Université de la Réunion le 26 mars dernier. Dirigé par le spécialiste de l’esclavage et du servilisme dans l’Océan Indien, Sudel Fuma, Ibouroi Ali Tabibou a mené à terme une étude intitulée « Des Makua et de leurs descendants aux Comores ». Après trois heures d’exposé et de questions-réponses, le jury lui a accordé la mention Très honorable.

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Après la soutenance

À 50 ans passés, c’est à un sujet fastidieux auquel s’est confronté cet enseignant-chercheur de l’Université des Comores. Cela fait un bon moment qu’il a entrepris cette thèse sur l’esclavage. Il en était devenu le spécialiste avant même d’avoir soutenu. Malheureusement, ses moyens ne lui permettaient pas de se déplacer dans l’océan indien ou en Europe pour consulter des archives. Le programme de coopération et de soutien des enseignants de l’Université des Comores lui a permis de faire les déplacements nécessaires.

La thèse décrit le système d’esclavage tel qu’il a été mis en place aux Comores surtout après l’introduction de l’agriculture de rente. L’auteur aborde donc une période qui s’étend de 1870 à 1970. Les esclaves prélevés sur la côte mozambicaine viennent servir dans les plantations des étrangers installés dans l’archipel ou des sultans. Parfois, ils ne font que transiter aux Comores avant de se retrouver ailleurs. Malgré l’abolition officielle de l’esclavage, il se continue sous d’autres formes jusqu’à l’esclavage moderne que décrit Ibouroi Ali Tabibou.

Dans un tel travail la difficulté première qui a rebuté beaucoup de chercheurs c’est le manque d’archives et le silence de ceux qui pourraient témoigner, mais qui préfèrent souvent se confier à des chercheurs étrangers. C’est donc à cela que s’est heurté le chercheur comorien.

Quelques minutes après sa soutenance, il confiait à la rédaction du blog Mlimengu sa fierté d’avoir mené à terme ce projet et déclarait : « Ma carrière est derrière moi ».

Ibouroi Ali Tabibou est un de ces hommes rares dans ce pays, ces hommes qui ont sacrifié leur vie pour le bien du plus grand nombre, sans jamais dévier et sans jamais rien demander en retour. Il est le véritable père du syndicalisme comorien qu’il a porté de ses bras pendant tant d’années, à tel point qu’il est plus connu sous le nom de « Ibouroi Syndica ».

Formé au msomo wa nyumeni, membre discret du Front Démocratique, il a passé tout son temps dans les luttes syndicales, à défendre ses collègues et même l’ensemble des travailleurs comoriens, mais aussi à se faire des ennemis dans la classe politique. Une classe politique qui a fini par reconnaître ses mérites puisqu’il a été élevé au rang de Chevalier du Croissant Vert en 2012. Le moment venu, Ibouroi a su passer la main à une nouvelle génération de syndicalistes et se consacrer un peu à sa vie familiale et à la recherche. C’est ainsi qu’il y a 4 ans, sa femme et lui ont eu la joie d’accueillir leur premier enfant.

Parmi les historiens d’aujourd’hui, il est sans doute celui qui pouvait le mieux porter une telle recherche qui demande certes de connaître et de vivre au jour le jour la société comorienne, mais aussi une certaine opiniâtreté et de l’audace dans un milieu où la grande majorité donnerait tout pour qu’on lui invente un ancêtre esclavagiste plutôt qu’un esclave. Dans un pays où les diverses exigences poussent chacun à s’inventer un ancêtre arabe, et si possible descendant du prophète.

Avec cette thèse, Ibouroi, le syndicaliste, non seulement ouvre des horizons pour les jeunes qui se lancent dans la recherche historique aux Comores, mais il rend aussi leur dignité aux Makua, une composante essentielle de la population comorienne, jusqu’ici refoulée dans les parties obscures de l’histoire nationale. Par le regard qu’il a posé sur cette population jusque-là ignorée et même méprisée, il nous dit : Eux aussi, comme les sultans ou les notables politiciens méritent tout autant qu’on y consacre des études et des recherches car plus que les autres, ils ont construit ce pays avec leurs bras, leur sueur et leur sang. Les historiens du futur ne pourront que le remercier. Puissent-ils avoir autant d’audace.

Mahmoud Ibrahime

Alwatwan du 11 avril 2014