Said

La consultation du 22 décembre 1974

La consultation du 22 décembre 1974

Mahmoud Ibrahime

Mahmoud Ibrahime

Le 22 décembre 1974, les Comoriens sont appelés aux urnes. Ils doivent dire s’ils veulent que leur pays devienne indépendant ou pas. Ils ont répondu à près de 95% « oui » à l’indépendance. Mais la suite donnée par la puissance colonisatrice, la France, ne fut pas celle qu’ils attendaient.

La consultation du 22 décembre 1974 est la conséquence de deux autres événements importants dans l’histoire récente des Comores : la visite du Premier Ministre français, Pierre Messmer, aux Comores du 29 janvier au 1er février 1972 et les « Accords du 15 juin 1973 ».

Lors de la visite de Messmer, le Président du Conseil de Gouvernement, le Prince Said Ibrahim, avait réussi a maintenir un consensus qui avait cours pendant toute l’autonomie interne : l’idée qu’aucun homme politique (et aucun parti officiel) ne pouvait prononcer le mot « indépendance ». Mais la rue, notamment les militants du Parti Socialiste des Comores (PASOCO) n’ont pas suivi la consigne et ont accueilli le Premier Ministre français aux cris de « Mkolo Nalawe » (« Dégage le colon ! »). Vexé, le Premier Ministre français a formulé dans ses discours à Moroni et à Dzaoudzi une menace claire : si les Comoriens réclament l’indépendance, la France organisera un référendum dans lequel chaque île se prononcera sur l’indépendance. Cela signifiait que le gouvernement français n’hésiterait pas à casser l’unité de la nation comorienne. Ce passage du Premier Ministre français et ses menaces ont eu plusieurs conséquences. À la suite de cette visite, pour la première fois, un parti officiel et représenté à la Chambre des Députés, le Rassemblement Démocratique du Peuple Comorien (RDPC) de Mouzaoir Abdallah réclame l’indépendance des Comores dans une déclaration le 2 mars, il est suivi le 19 mars par le Parti Social-Démocrate des Comores.

Malheureusement, le Président du Conseil de gouvernement, Saïd Ibrahim est resté attaché à l’idée qu’il ne fallait pas prendre l’indépendance avant d’avoir obtenu certains avantages économiques. Cela provoque la rupture des jeunes du RDPC qui lui étaient jusque-là attachés. Ils s’allient avec le Parti Vert et Ahmed Abdallah pour le renverser en juin 1972. Après l’interim du Prince Said Mohamed Jaffar, Ahmed Abdallah est désigné par la Chambre des Députés comme Président du Conseil de Gouvernement en décembre 1972 avec comme mission de négocier l’indépendance dans « l’amitié et la coopération avec la France »

Dès juin 1973, Ahmed Abdallah signe avec le gouvernement français les « Accords du 15 juin 1973 ». Le point 1 de ces accords prévoit une consultation des Comoriens en vue de son indépendance.

Après les élections présidentielles françaises pendant lesquelles Ahmed Abdallah a apporté quasiment tous les suffrages des Comoriens à V. Giscard d’Estaing contre F. Mitterrand, Giscard décide de tenir sa promesse envers Abdallah et donc prépare une loi sur la consultation des Comoriens. Cette loi est déposée à l’Assemblée nationale en octobre 1974. Elle est discutée au Parlement français pendant près de deux mois et devient la loi du 23 novembre 1974 qui prévoit « la consultation des populations comoriennes ».

Au vue de la situation actuelle, les Comoriens ont tendance à ne retenir dans cette loi que le mot « populations » mis au pluriel. On y voit déjà l’annonce de la partition maoraise. Mais, ce mot n’a eu aucune conséquence sur le vote ou sur les décisions prises par la suite.

Personne n’évoque par exemple le fait qu’un député de droite a introduit un amendement pour que les résultats soient pris en compte île par île et que cet amendement a été rejeté. Il est donc indiqué dès le départ que le résultat de la consultation sera pris en compte d’une manière globale, même si les sénateurs ont pu obtenir un classement « île par île ». C’est d’ailleurs ce qu’a fait le gouvernement français au lendemain du vote en donnant un résultat global d’environ 95% de « Oui ».

Mais, là dessus aussi, nous avons tendance à oublier qu’il y a une grande différence entre une consultation et un référendum. Ce sont deux notions qui renvoient à des conséquences juridiques complètement différentes. Lorsqu’on fait un référendum, le résultat devient automatiquement une décision juridique. Par exemple lorsqu’on fait un référendum sur une constitution, si le peuple répond « oui », la constitution est automatiquement adoptée comme nouvelle constitution du pays. Mais lorsqu’on consulte un peuple, cela veut dire qu’on lui demande son avis, mais après le vote, on peut faire ce qu’on veut. C’est ce qui s’est passé après la consultation du 22 décembre 1974. La France a demandé aux Comoriens s’ils voulaient leur indépendance. Elle a noté qu’à 95% les Comoriens voulaient cette indépendance, mais elle a choisi de faire autrement.

Cet « autrement » est explicité dans la loi du 3 juillet 1975 dans laquelle la France demande l’élaboration d’une constitution qui devait être adoptée île par île, laissant entendre que l’île qui n’adopterait pas cette constitution ne deviendrait pas indépendante. La menace de Pierre Messmer allait devenir une réalité. C’est cette nouvelle mesure qu’Ahmed Abdallah a ressenti comme une trahison et une humiliation et qui le pousse à faire une déclaration unilatérale d’indépendance trois jours plus tard.

Cette différenciation entre « référendum » et « consultation » est importante dans la lutte pour l’unité et l’intégrité des Comores car on voit de plus en plus les milieux « pro Mayotte française » proclamer que les Comoriens ont eu le choix et les Maorais ont choisi par « référendum » en 1974 de rester Français. C’est une manière de nier la responsabilité de l’Etat colonial sur la situation actuelle. Or le format de la consultation fait que les Maorais n’ont en réalité rien choisi. C’est l’Etat français qui a décidé pour eux, d’abord par la loi du 3 juillet et ensuite et surtout dès le 9 juillet 1975, en déclarant à la fin du Conseil des Ministre que la France acceptait la déclaration d’indépendance de la Grande-Comore, d’Anjouan et de Mohéli mais que Mayotte restait française. Pour moi, c’est à ce moment précis que la partition de Mayotte est devenue une réalité. Les événements qui ont suivi ont été des tentatives pour retrouver cette unité perdue le 9 juillet.

Mahmoud Ibrahime

Présentation faite lors du diner-gala du collectif Uhuru Komori

Le 20 décembre 2014

Le Président Ikililou a fixé les élections au 2 novembre

Le Président Ikililou a fixé les élections au 2 novembre

ikililouLe 2 août, le Président Ikililou Dhoinine a signé le décret fixant les élections des députés de l’Union, des conseillers des Iles et des conseillers municipaux au 2 novembre prochain. Le deuxième tour des élections des députés aura lieu deux semaines après conformément à la Constitution, les deux autres scrutins se déroulent en un seul tour.

Nous étions nombreux à douter de la tenue de ces élections aux dates prévues, le Président Ikililou nous surprend encore une fois. En effet, les pré-requis semblaient nombreux et difficiles : obtenir les fonds, recenser plus de 80% des inscrits sur les anciennes listes électorales, régler les problèmes de mise en place des communes… En signant ce décret du 2 août, le Président fait le pari que tous les problèmes seront réglés entre temps, et surtout avant l’ouverture de la campagne électorale fixée au 4 octobre.

Cependant le consensus qui a prévalu jusque-là pour la date de l’organisation de ces élections semble voler en éclat. En effet, plusieurs personnalités et partis politiques remettent en cause la liste des membres de la Commission électorale indépendante.

A la tête de la fronde se trouve, encore une fois, le député de Moroni, élu du parti Orange, Abdoulfatah Saïd Mohamed. Dès l’annonce de la liste, il a dénoncé les irrégularités commises au niveau de l’Assemblée de l’Union pour la désignation des députés au sein de la CENI. En effet, l’article 44 du code électoral prévoit que c’est au Bureau de l’Assemblée de désigner les cinq membres qui doivent siéger à la CENI. Or le Bureau, dont il est membre, n’a jamais été convoqué pour cela. Il a ensuite saisi la Cour constitutionnelle qui aurait donc empêché les membres désignés par l’Assemblée de prêter serment tant qu’elle n’aura pas procédé à l’examen de la requête du député.

Cette affaire révèle un des problèmes que posent les institutions actuelles. En effet, on remarque qu’il est possible d’avoir un parti majoritaire à l’Assemblée qui soit dans l’opposition nationale. Il est donc difficile de trier entre l’opposition et la majorité.

Le Président de la République a décidé également d’attribuer l’unique siège de l’opposition nationale à un groupement de cinq partis qui se sont manifestés récemment, notamment en lui rendant visite à Beit-Salam. Il se trouve que ces cinq partis ne représentent qu’une partie de l’opposition et qu’aucun de ces partis n’est représenté à l’Assemblée de l’Union.

Mohamed Dossar, membre du Parti Juwa et Houmed Msaidié, Secrétaire Général du parti RADHI, deux personnalités dont les partis sont dans l’opposition et sont représentés à l’Assemblée ont confié leur étonnement et doute, ce matin, à la Gazette des Comores dont un article avait pour titre : « Le chef de l’état cherche-t-il à légitimer une opposition de papier ? »

Mahmoud Ibrahime 

Le 3 août 1975 : un coup d’Etat pour l’unité et la démocratie

 

Le 3 août 1975 : un coup d’État pour l’unité et la démocratie

 

Ali Soilihi Mtsachiwa, révolutionnaire comorien

Ali Soilihi Mtsachiwa (1937-1978), révolutionnaire comorien, chef d’État de 1976 à 1978.

Le 3 août 1975, moins d’un mois après la déclaration unilatérale d’indépendance des Comores, les leaders de l’opposition comorienne, regroupés au sein du Front National Uni (FNU) s’emparent du pouvoir par les armes et mettent fin à la présidence d’Ahmed Abdallah qui était alors à Anjouan.

Si l’on en croit les principaux acteurs, Ali Soilihi, à la tête d’une dizaine ou d’une vingtaine de militants a pris le contrôle de la caserne de la Garde des Comores à Moroni avec l’accord de son commandant. Le coup d’État aurait été accompli avec « deux voitures R4, quatre fusils de chasse et cinq pistolets » selon Ali Soilihi. La prise de pouvoir se poursuit les jours suivants par le ralliement de l’île de Mohéli le 7 août. Mais des négociations directes à Mayotte n’aboutissent pas au retour de l’île dans le giron comorien. À la Grande-Comore, c’est Ali Soilihi lui-même qui se rend dans le Hamahame avec 12 hommes pour mettre fin à la rébellion takiste, le 2 septembre. Bob Denard arrive dans le pays en septembre et il est chargé, le 21 septembre, d’aller à Anjouan pour capturer Ahmed Abdallah. Après cela, l’île d’Anjouan se rallie au nouveau régime.

Le coup d’État du 3 août 1975 est la conséquence directe de la manière dont l’indépendance des Comores a été préparée depuis 1972 et du mode opératoire qui a finalement prévalu : la déclaration unilatérale.

Il faut d’abord noter que jusqu’à aujourd’hui, aucune étude sérieuse n’a été menée par les historiens sur ce putsch et qu’on se contente souvent soit des explications des acteurs (particulièrement Ali Soilihi) ou des opposants (essentiellement l’ASEC et les chefs du parti Udzima qui avaient besoin de justifier le coup d’État qu’ils ont eux-mêmes commis en 1978).

« Le 3 août » est souvent perçu comme le coup d’État d’Ali Soilihi car c’est lui qui a incarné par la suite la révolution comorienne, par ses actions sur le terrain et ses discours à la radio. Mais, il s’agit d’un raccourci qui n’est pas conforme à la vérité historique. Ce coup d’État a été mené par l’ensemble de l’opposition au pouvoir d’Ahmed Abdallah. En grande majorité, ce sont de jeunes des grandes villes, souvent issus de la notabilité qui est alors au pouvoir depuis le début de l’autonomie interne et mieux formés que leurs prédécesseurs. Ils se sont opposés aux « Accords du 15 juin 1973 », conclus entre l’exécutif français (représenté par B. Stasi, secrétaire d’État aux DOM-TOM) et Ahmed Abdallah (président du Conseil de Gouvernement). Ces accords prévoyaient qu’après l’indépendance tous les pouvoirs seraient entre les mains d’Ahmed Abdallah et du parti vert. Or, l’opposition avait subi les excès de pouvoir des dirigeants du « parti vert » depuis le début de l’autonomie interne (1961) et savait que dans le cadre d’un État indépendant, ces excès qui étaient encore contrôlés par l’État colonial pouvaient se transformer en dictature. A ce propos, elle avait vu juste puisqu’après la restauration, le « parti vert » a mis en place une dictature soutenue par les mercenaires de Bob Denard, payés par le régime de l’Apartheid, de 1978 à 1989.

L’autre danger, soulevé depuis 1958 avec la décision de procéder au transfert du chef lieu de Dzaoudzi (Mayotte) à Moroni (Grande-Comore) était la possible sécession de l’île de Mayotte, dont les habitants avaient subi des vexations pendant toute l’autonomie interne et dont les dirigeants politiques avaient clairement exprimé, pour le moins, leur méfiance envers Ahmed Abdallah. Le Mouvement populaire Mahorais (MPM) avait d’ailleurs rejoint l’opposition pour trouver une « solution comorienne » et éviter la dictature et la sécession.

C’est donc toute l’opposition à Ahmed Abdallah, regroupée au sein du Front National Uni (FNU) qui prépare et  accomplit le putsch du 3 août 1975. Il est probable qu’Ali Soilihi n’a pas eu le rôle le plus important pendant ce putsch, au cours duquel des personnalités comme Abbas Djoussouf, Saïd Bakar Tourqui ou Naçr-Eddine Saïd Ibrahim… se sont illustrées. Malgré ce qu’on peut lire ici et là, souvent repris des slogans de l’ASEC, ce putsch n’a pas pour objectif de donner le pouvoir à Ali Soilihi. Au lendemain du coup d’État, le pouvoir est donné provisoirement au prince Saïd Mohamed Djaffar et de Paris, le prince Saïd Ibrahim se déclare solidaire des putschistes et prêt à assumer le pouvoir.

Prince Saïd Ibrahim (1911-1975), président du Conseil de Gouvernement de 1972 à 1975.

Prince Saïd Ibrahim (1911-1975), président du Conseil de Gouvernement de 1972 à 1975.

Saïd Ibrahim est en fait attendu par la grande majorité de l’opposition pour incarner le nouveau pouvoir. Depuis qu’il a été évincé par une motion de censure menée par Ahmed Abdallah et le parti vert, il cherche les moyens de revenir aux affaires et il travaille ses réseaux en France (c’est un gaulliste véritable et il a été député des Comores à l’Assemblée nationale française). C’est sans doute lui qui met en relation Ali Soilihi, Saïd Bakar Tourqui et Marcel Henry avec certains réseaux français qui vont appuyer ce coup d’État. Il symbolise alors l’unité du pays. Il est soutenu par un parti (UMMA), il peut compter sur le soutien de toute la nébuleuse autour d’Ali Soilihi et son parti (MRANDA) car le révolutionnaire comorien a un profond respect pour cet homme. Mais l’avantage du Prince sur Ahmed Abdallah, c’est qu’il a toujours eu des relations très cordiales avec les Maorais et leurs dirigeants. Après la mort de Saïd Mohamed Cheikh (1970), il a su leur parler et leur faire oublier, pour un moment, les vexations subies. Le MPM, intégré dans l’opposition à Ahmed Abdallah se dit prêt à travailler pour un État comorien dans l’indépendance si Saïd Ibrahim est au pouvoir.

Or, n’en déplaise à ceux qui disent que le coup d’État du 3 août 1975 a provoqué le départ de Mayotte, dès le 9 juillet 1975, trois jours après l’indépendance, Mayotte ne fait plus partie de l’Etat comorien. Le gouvernement français a accepté l’indépendance des Comores formé de trois îles, mais a affirmé que Mayotte restait française. Du coup, le MPM refuse de participer à l’élaboration d’une nouvelle constitution et confirme que Mayotte demeure française. La rupture est faite entre Mayotte et « l’Etat Abdallah » dès ce 9 juillet.

Donc, que l’on croit ou non à la sincérité des putschistes, les objectifs du coup d’État sont clairement affichés : empêcher Ahmed Abdallah de s’emparer de tous les pouvoirs et rétablir l’unité de l’État comorien, en permettant aux Maorais de retrouver leur place dans un État fédéral avec une autonomie large accordée aux îles.

Malheureusement, Saïd Ibrahim décéda sur le chemin du retour en décembre 1975 et le MPM avait ressérré les liens entre Mayotte et la France, contrairement aux engagements pris avant le putsch. Sans parler du fait que les jeunes notables et bourgeois qui avaient fait le coup d’État pensaient pouvoir user des honneurs et des prérogatives de l’État exactement comme ceux qu’ils venaient de renverser. Or, à la sortie de la colonisation, les changements étaient nécessaires, ne serait-ce que du point de vue économique. Ali Soilihi et quelques leaders l’avaient compris, ce sont ceux-là qui allaient transformer « le 3 août » en un geste révolutionnaire, en prenant le pouvoir en janvier 1976, cette fois par une élection régulière.

Mahmoud Ibrahime

Pourquoi ce sont toujours les mêmes qui dirigent notre pays ?

Pourquoi ce sont toujours les mêmes qui dirigent notre pays ?

On nous dit que Mouigni Baraka, Gouverneur de Ngazidja, compte aller effectuer une tournée en France avec une délégation (comme d’habitude) afin de faire la présentation de son tout nouveau Parti (RDC), créé après la rupture avec ses compagnons du Parti Orange.

Nous sommes nombreux à écrire et à dénoncer, via les réseaux sociaux, les pratiques irresponsables de ceux qui dirigent notre pays et ceux qui veulent, après un passage à Beit-Salam, y revenir pour finir le désordre qu’ils ont, sans état d’âme, légué à notre jeune nation. En lisant chaque intervention de chacun de nous, quel que soit le bord politique, mis à part celles et ceux qui sont hantés par l’ombre et les mensonges de Sambi et Azali, nous pouvons, sans nulle doute, dire que nous avons diagnostiqué les véritables maux qui rongent notre pays.

Personne n’ignore le sérieux problème qui frappe le pays depuis son accession à l’indépendance. Dans nos divers articles, nous regrettons souvent le Mongozi ALI SOILIHI MTSASHIWA, seul dirigeant qui a cru aux capacités de notre pays, en sa politique, et qui a su implanter au peuple comorien la culture du travail dans l’honnêteté. Il est le seul de nos dirigeants qui a compris que le développement de notre pays dépend d’abord des Comoriens eux-même avant les accords de coopération. Le seul qui a su montrer aux Comoriens qu’un pays ne se développe jamais dans la mendicité et que le comorien doit se mettre au travail pour avoir un avenir meilleur. Une philosophie très rapidement abandonnée par ses successeurs qui sont désormais, devenus nos bourreaux après sa mort tragique et brutale.

Ali Soilihi Mtsachiwa, révolutionnaire comorien

Ali Soilihi Mtsachiwa, révolutionnaire comorien

Durant la période révolutionnaire, le Mongozi a dénoncé les pratiques contraire aux valeurs musulmanes et républicaines, telles que le détournement des deniers publics, la corruption, l’injustice sociale, l’ingérence du Président de la République et des membres de son gouvernement dans les affaires de la justice. Personne ne pouvait échapper à la justice. Quand il nous parlait de « wu sawa wa maesha » (littéralement « l’égalité de vie »), c’est qu’il croyait fort bien en ces mots. Je ne pense pas qu’il parlait de salaire égal. Il insistait beaucoup sur ces mots pour avertir certains de nos compatriotes qui se prennent pour des personnes intouchables et non justiciables qu’elles seraient traduites en justice s’ils enfreignaient les règles imposées par la République.

Les éloges sur Mongozi sont justifiés par ses actes. L’homme qui a pu mettre paroles et actes en conformité. L’homme qui s’est respecté et a respecté le poste qu’il occupait. L’homme qui était viscéralement attaché aux valeurs républicaines. L’homme qui a su résister aux chantages de ses adversaires politiques et notables conservateurs. L’homme qui a montré que l’Etat est encore plus fort que l’intransigeance de quiconque. L’homme qui a pu résister aux démagogies et coups-bas du colonisateur dans le soucis de l’intérêt général. L’homme qui a eu le geste le plus fort, le plus grand geste pour défendre l’unité et l’intégrité territoriale de notre pays. Il a organisé et participé à « la marche rose » sur Mayotte en 1976, et il a introduit « la question de l’île comorienne de Mayotte » aux Nations Unies. Il n’était pas un prophète notre Mongozi, il a eu quelques dérives, mais qui n’ont certainement pas nui à l’économie de notre pays.

Ce sont ces valeurs que nous continuons à défendre jusqu’au jour d’aujourd’hui. Pas de justice, pas de démocratie véritable, au final, nous nous trouvons toujours dirigés par les mêmes. Comment une réelle justice peut faire émerger des nouveaux dirigeants, honnêtes pour les Comores ? La justice est toujours demeurée le fer de lance pour tout pays qui opte pour l’égalité. Sans une justice véritable, les plus forts, favorisés par le système injuste qu’ils ont eux-même établi continueront à massacrer celles et ceux qui ont été affaiblis par le même système.

Dans notre pays on ne juge jamais ceux qui ont plongé la nation dans l’impasse. Ils ont vidé les caisses de l’Etat pour corrompre une énième fois la population, pour un éventuel retour aux affaires de l’Etat. Le pouvoir les transforme et les démasque pour afficher leur vrai visage qui n’est autre que celui du corrompu. Par leur détournement des deniers publics, ils affament le peuple, ils le divisent en injectant de l’argent sale par-ci et par-là pour se redonner l’image de dirigeants politiques parfaits soucieux du développement du pays. Des pratiques contraires à la République.

Nous le constatons depuis un moment, ce sont toujours les mêmes, les plus riches ou bien ceux qui se servent de l’argent du contribuable qui remportent les élections. Est-il normal d’accepter de telles pratiques détestables ? En 1990, le Parti UDZIMA s’est servi du pouvoir pour faire passer SAÏD MOHAMED DJOHAR au détriment de MOHAMED TAKI ABOULKARIM. AZALI ASSOUMANI à son tour, s’en est servi en 2002 contre SAÏD ALI KAMAL et MAHMOUD MRADABI. Qui n’est pas au courant des tricheries et de tripatouillages de MOHAMED ABDALLAH MOHAMED SAMBI pour la présidence d’IKILILOU DHOININE? Il a usé de son pouvoir de président de la République, pour le faire élire. Il l’aurait lui-même avoué selon le fameux ARM. MOHAMED DAOUD alias KIKI de la République et MOUIGNI BARAKA eux-mêmes ont usé de leur pouvoir et de l’argent du contribuable également pour arriver à la tête de Ngazidja. De même pour ANISSI CHAMSOUDINE, SAMBI l’a placé comme il l’a fait pour IKILILOU.

On en conclut que sans argent, quelles que soient les idées et projets que l’on peut avoir, jamais on ne peut arriver au pouvoir si le système reste le même.

MOUIGNI BARAKA entend user des mêmes méthodes pour 2016. Là encore, il commence par une tournée. Il viendra avec des notables dont les billets et l’argent de poche seront payés par les contribuables. Nous nous rappelons encore des assises organisées à Dunkerque. Le gouverneur est venu en France avec une délégation de plus de 30 personnes, en ayant pris en charge leurs billets et le coût de leur séjour. Et cela alors qu’un mois auparavant, la ville de Vouvouni (région de Bambao) avait besoin de soutien financier et moral non négligeable suite aux inondations. Nous étions nombreux à signer la pétition contre ces assises qui n’ont rien apporté à l’île dont il est gouverneur depuis 4 ans maintenant.

Ces pratiques injustes et détestables, contraires aux valeurs de la République offrent désormais à notre pays des irresponsables pour nous diriger. Les bonnes idées et les meilleurs projets pour le développement du pays deviennent de plus en plus rares au profit de l’argent sale qui conduit les malfaiteurs et corrompus de la République au pouvoir.

Nous devons imposer la justice et la démocratie dans notre pays comme les philosophes de lumières l’ont fait dans leur pays pour sauver la majorité qui était encore soumise par la force aux règles de la monarchie absolue. Ces philosophes des Lumières, qui nous servent aujourd’hui de repères, ont risqué leurs vies, certains ont été emprisonnés, d’autre exilés parce qu’ils ont eu le courage de dénoncer et lutter farouchement contre les politiques et les mesures injustes qui donnaient des privilèges à une minorité.

Je pense que tout le monde a compris que ce n’est pas avec nos actuels dirigeants que le pays va décoller. Les élections organisées ne sont accompagnées d’aucun véritable débat permettant au peuple de connaître et comprendre les motivations de chaque candidat, ses atouts et ses limites. AZALI n’est plus avec ses compagnons d’hier, SAMBI de même, MOUIGNI BARAKA et KIKI, c’est pareil. Pourquoi ? Parce que seul le pouvoir et l’argent les unissaient autre fois.

Je pense enfin, que nous avons atteint le summum de la théorie, souvent nos bourreaux nous qualifient de donneurs de leçons, de philosophes, car nous ne voulons pas mettre en pratique tous nos dires et nos théories. Il est donc temps de penser à une stratégie plus efficace, sans quoi, l’immobilisme qui nous habite nous démotivera progressivement au profit des corrompus.

Abdourahim Bacari

L’indépendance des Comores

L’indépendance des Comores

Ahmed Abdallah, père de la déclaration unilatérale d'indépendance le 6 juillet 1975

Ahmed Abdallah, père de la déclaration unilatérale d’indépendance le 6 juillet 1975

Le 6 juillet 1975, par une déclaration unilatérale, le Président de la Chambre des Députés, Ahmed Dahalani, puis le président du Conseil de Gouvernement, Ahmed Abdallah proclament l’indépendance des Comores, après un vote solennel des députés.

Cette indépendance arrivait 15 ans après la majorité des pays africains qui ont pris l’indépendance en 1960. Aux Comores, elle est négociée depuis 1972, et la notabilité politique de l’époque, autour d’Ahmed Abdallah et du parti UDZIMA avait obtenu du président Giscard d’Estaing de conserver tous les pouvoirs après l’indépendance, malgré les protestations de l’opposition autour du discret Saïd Ibrahim et du FNU qui réclamaient des élections générales.

Pourtant, après une tentative de reculade de l’État colonial, la notabilité au pouvoir se sent trahie et humiliée. Elle décide de prendre l’indépendance non plus « dans la coopération et l’amitié avec la France » comme prévu, mais brusquement par une déclaration unilatérale. Les Comores doivent être avec les Etats-Unis, les deux seuls pays au monde à avoir eu recours à ce mode de prise d’indépendance. Il faut noter que la Guinée de Sékou Touré avait profité de la possibilité offerte par le Général de Gaulle pour quitter le giron français en votant « non » à la Constitution de la Ve République en 1958.

Le processus de colonisation des Comores par la France s’est faite en plusieurs étapes.

L’île de Mayotte est colonisée officiellement en 1843, après avoir été achetée d’une manière frauduleuse à Andriantsoly, un prince malgache qui avait réussi à s’emparer de l’île quelques années auparavant. Les trois autres îles sont colonisées en 1912, après être passées par le statut de protectorats à partir de 1886.

Les historiens ont déterminé trois phases de la colonisation française aux Comores.

La première va de 1912 à 1946, il s’agit d’une période pendant laquelle l’archipel est rattaché à Madagascar et géré comme une province de la Grande Ile.

Pendant la deuxième période (1946-1961), les Comores acquièrent une autonomie politique et financière en devenant un Territoire d’Outre-mer.

Enfin la dernière période (1961-1975) est celle de l’autonomie interne, pendant laquelle l’archipel possède un président et un Conseil de gouvernement qui, en théorie, gère les affaires internes du pays.

En 1958, l’élite politique comorienne, qui compte quelques individus, tous issus de la notabilité, décide de faire voter massivement pour la nouvelle constitution française et donc de maintenir les Comores au sein de la Communauté française. En 1960, lorsque la plupart des pays africains francophones décident de prendre leur indépendance, la même élite opte pour le maintien de la colonisation sous la forme de l’autonomie interne. Mais c’est précisément à ce moment là que certains commencent à parler d’indépendance. La notabilité au pouvoir, allié aux autorités coloniales empêche cette expression de la jeunesse. Elle n’aura donc la possibilité de s’exprimer que de l’extérieur.

C’est ainsi que de la Tanzanie naît, au début des années 1960, le MOLINACO, Mouvement de Libération Nationale des Comores, dirigé par Abdou Bacar Boina, un instituteur travaillant à l’école française. Ce mouvement envoie dans l’archipel des tracts et conscientise le peuple grâce à une radio dont les ondes arrivent jusqu’aux Comores. Il crée des antennes au Kenya et à Madagascar. Il réussit dans les années suivantes à exprimer la volonté d’indépendance du pays au sein de l’OUA, l’organisation de l’Unité Africaine et même au sein du comité de décolonisation de l’ONU. Abdou Bacar Boina établit aussi une représentation légale au pays : le Parti Socialiste des Comores (PASOCO). Mais, la notabilité au pouvoir réussit à maintenir le statu quo et surtout à faire en sorte que personne ne puisse parler d’indépendance pour ne pas indisposer les autorités coloniales. Tout parti qui exprime cette idée d’indépendance dans ses statuts est immédiatement dissout et ses dirigeants poursuivis. Ce fut le cas pour le Parti Socialiste pour la Libération des Comores dissous par Saïd Mohamed Cheikh en 1964.

Toutefois, des partis jeunes comme le Rassemblement démocratique du Peuple comorien (RDPC) de Mouzaoir Abdallah ou le Parti-social démocrate vont faire sauter les verrous, après 1970.

Le processus de décolonisation est marqué par trois dates clefs :

Le 29 janvier 1972 : Le Ministre français des Départements d’Outre-mer, Pierre Messmer est à Moroni. Le président du Conseil de Gouvernement, Saïd Ibrahim a obtenu un consensus de l’élite dirigeante pour ne pas évoquer la question de l’indépendance. Mais le Premier Ministre est tout de même accueilli à Moroni avec des cris de « Mkolo Nalawe » (« Dehors le colon ! ») lancés par les jeunes militants du PASOCO. Cette visite a des conséquences importantes car les menaces de procéder à la partition des Comores, menaces proférées par Pierre Messmer amènent, pour la première fois, le 2 mars 1972, un parti représenté à la Chambre des Députés, le RDPC, à publier une motion demandant l’indépendance. Il est suivi le 19 mars par le Parti Social-démocrate des Comores. Le Prince Saïd Ibrahim qui s’arc-boute sur l’idée de ne pas rompre avec l’Etat colonial est renversé en juin de la même année et les jeunes du RDPC s’associent avec le parti conservateur, UDC, d’Ahmed Abdallah pour former l’UDZIMA qui remporte les élections et prend le pouvoir avec la promesse de négocier l’indépendance.

Le 15 juin 1973, après des Accords entre les exécutifs français et comorien, une déclaration est rendue publique. Les deux parties s’entendent pour dire qu’un référendum sera organisé avant cinq ans et que si les Comoriens le souhaitent ils pourront accéder à la souveraineté nationale.

Le 22 décembre 1974, ce n’est pas un référendum qui est organisé mais une consultation. L’ensemble des Comoriens se prononce à 94,65% en faveur de l’indépendance. Mais, tandis que l’exécutif français, le président Giscard et le Premier Ministre J. Chirac sont favorables à cette indépendance, le Parlement et notamment le Sénat s’y oppose et souhaite faire un cas à part de l’île de Mayotte, qui a voté différemment, alors que la loi électorale prévoyait une prise en compte globale du vote.

Une nouvelle loi votée le 3 juillet 1975, exige qu’une Constitution soit votée île par île avant que la France n’accepte l’indépendance des Comores. Ahmed Abdallah qui avait jusque là eu des assurances fermes du Président et du Premier Ministre français se sent trahi. Il revient rapidement aux Comores et organise le vote d’une déclaration unilatérale qui sera adoptée à l’unanimité des députés présents à la Chambre le 6 juillet 1975. Cette déclaration unilatérale provoque la colère de l’Etat français, qui dans un premier temps, décide l’état d’urgence avant de le lever. Mais, à Mayotte, il est trop tard : les dirigeants du Mouvement populaire Mahorais déclarent que l’île reste sous administration française et l’UDZIMA préoccupé par le fait d’avoir tous les pouvoirs après l’indépendance n’avait pas prévu ce cas de figure. Dès le Conseil des Ministres du 9 juillet 1975, le gouvernement français accepte l’indépendance des trois îles de la Grande-Comore, d’Anjouan et de Mwali, mais affirme que Mayotte reste française. La partition devenait une réalité. Malgré, l’admission des Comores au sein de l’ONU, le 12 novembre 1975, sous ses frontières d’avant l’indépendance, c’est-à-dire les quatre îles, la France décide de se maintenir à Mayotte, hypothéquant ainsi l’avenir du nouvel Etat.

Mahmoud Ibrahime*

Docteur en Histoire

  * Sur la colonisation et l’indépendance des Comores vous pouvez lire du même auteur :

État français et colons aux Comores (1912-1946), L’Harmattan, 1997, 160p.

La naissance de l’élite politique comorienne (1945-1975), L’Harmattan, 2000, 204p.

– « Quelques aspects de la colonisation française aux Comores (1912-1975) » in Ya Mkobe n°6-7, CNDRS, août 2000.

– « Les Comores. La marche vers l’indépendance (1972-1975) » in Ya Mkobe n°8-9, CNDRS, février 2002, pp.23-33.

– « La grève de 1968 aux Comores à travers le roman Et la graine… d’Aboubacar Saïd Salim » in Tarehi n°5, mars 2002.

– « La dissolution du Parti Socialiste pour la Libération des Comores (1964) » in Tarehi n°7, janvier 2003, pp. 19-25.

– « La consultation du 22 décembre 1974. Les Comoriens votent pour l’indépendance » in Tarehi n°11, janvier 2005, pp.6-11.

– « Comores : de l’indépendance à la révolution » in Y. Combeau (dir.), La Réunion et l’océan Indien. De la décolonisation au XXIe siècle. Rivages des Xantons, 2007, pp. 39-47.

Saïd Mohamed Cheikh (1904-1970). Parcours d’un conservateur. Une histoire des Comores au XXe siècle. KomEdit, 2008, 332p.

– « Il y a 40 ans, Saïd Mohamed Cheikh… » in Al-Watwan, 22 mars 2010.

Le Président de la FCC à Paris

Le Président de la FCC à Paris

Ce samedi 29 juin, Mohamed Saïd Abdallah Mchangama (MSAM), Président de la Fédération des Consommateurs Comoriens (FCC), de passage en France après le sommet de l’ICANN à Londres (http://www.mchangama.com/?p=622), a rencontré les membres de la Fédération des Consommateurs Comoriens en France (FCC-F) en région parisienne.

La présidente de FCC-F, Naïma Mdoihoma a invité MSAM à venir apporter aux membres de son association les nouvelles sur les combats des consommateurs comoriens.

À l’aide d’un document projeté, MSAM est revenu sur la définition de ce qu’est un « consommateur » en s’appuyant sur la définition de l’OHADA. Il a ainsi montré que le consommateur est pour le moment vu par cette organisation panafricaine comme une personne physique qui reçoit ou utilise un produit dans le cadre privé et familial. Mais, au-delà de cette définition qui n’est pas la même partout en Afrique, le Président-fondateur de la FCC a montré que le consommateur se place nécessairement dans le cadre d’un combat et qu’il doit donc considérer comme un impératif l’apprentissage et la formation.

Les membres de la FCC avec Mchangama

Les membres de la FCC avec Mchangama

A partir de cette réflexion, MSAM est revenu sur des thèmes qui lui tiennent à coeur depuis un certain nombre d’années comme la mise en place de normes de référence dans tous les domaines, aussi bien dans le commerce (mise en place et contrôle des mesures, indication des prix…), mais aussi dans l’administration ou l’éducation où les diplômes sont tellement galvaudés qu’on ne sait plus qui est véritablement capable d’exercer certaines fonctions. L’objectif reste pour lui de refuser le poids des villages, des familles et surtout du nkalizi ou l’éloquence en public qui vise à s’imposer par la tromperie.

Il a insisté à plusieurs reprises sur le fait que les plus compétents ne devaient pas avoir peur d’entrer dans le combat ou de dénoncer mais qu’ils ne peuvent se contenter de dénoncer et qu’ils doivent s’engager dans la mise en place de critères par lesquels on peut juger la valeur des compétences et du travail accompli. Pour lui, c’est par le recours à des critères, à des normes que les jeunes cadres peuvent se différencier de ceux qui n’ont aucune formation mais veulent quand même s’imposer par d’autres mécanismes.

La FCC-F existe depuis à peu près un an, et depuis quelque mois comme association sous statuts « loi 1901 ».

Mahmoud Ibrahime

L’affaire Boléro ou l’histoire comorienne dévoyée

L’affaire Boléro ou l’Histoire comorienne dévoyée

Hamada Madi Bolero,           Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

Hamada Madi Bolero, Directeur de cabinet du Président Ikililou et Chargé de la Défense

Les propos tenus par Hamada Madi Boléro considérés comme vérité historique ont réussi à faire du tapage médiatique dans l’opinion publique comorienne alors qu’ils sont loin d’être une vérité historique. Ils constituent une instrumentalisation de l’histoire à des fins politiques.

Pour Boléro, Ali Soilihi est le premier putschiste comorien et il est originaire de la Grande-Comores; et Saïd Mohamed Cheikh est le grand cerveau du transfert de la capitale de l’archipel de Dzaoudzi (Mayotte) vers Moroni, et c’est encore un originaire de Ngazidja. Ces deux éléments d’information sont une vérité historique pour le journaliste intervieweur, ainsi que le Comorien lambda.

Pour le lecteur ou l’auditeur de cette interview, une seule question lui taraude la tête qu’est-ce qu’une vérité historique ? Qu’est-ce qui différencie l’historien, le juge et le journaliste dans l’investigation des faits ? La question du régime de vérité de l’histoire déborde cependant très largement celle de l’impartialité du chercheur et du désintéressement de la recherche. C’est aussi une question de méthode : La vérité en histoire, c’est ce qui est prouvé. Or Boléro n’apporte pas des preuves à l’appui de ces allégations, il fait des déclarations auprès d’un journaliste, il n’est pas un historien spécialiste de l’ histoire politique comorienne. C’est un homme politique comorien comme tant d’autres qui fait son show pour exister politiquement et répondre aux détracteurs qui veulent rabaisser les Mohéliens.

L’investigation, au sens où l’on parle d’investigation d’un juge d’instruction ou d’un journaliste, est la méthode utilisée pour établir des faits, les enchainements, les causes et les responsabilités. Dans sa recherche de la vérité, le juge procède comme l’historien ; il relève toute une gamme de faits, le mobile, les indices et les preuves formelles. La différence entre le juge et l’historien ne réside pas dans l’investigation, mais dans la sentence. Le juge doit trancher, au terme de l’enquête et le doute bénéficie à l’ accusé. L’ historien est plus libre ; il peut suspendre le jugement, et dresser la balance des présomptions et des doutes, car la connaissance échappe aux contraintes de l’action. En   revanche, il y a eu des moments où le journaliste pris dans le vif de l’actualité écrit ou dit des choses avec exactitude et parfois, il diffuse des informations de manière partielle sans vérifier minutieusement ses sources. Pour l’homme politique, l’objectif est de séduire un électorat ou appâter un auditoire, il n’hésite pas à user de la démagogie.

Comme disait Thucydide il faut séparer nettement le merveilleux mythique de la réalité historique, vérifier avec soin ses sources (écrites ou orales) pour démêler le vrai du faux, et de ne pas s’embarrasser d’anecdotes. A force de répéter aux quatre coins des journaux qu’il n’y a pas de vérité en histoire mais seulement des interprétations subjectives et relatives, le public va finir par le croire.

 Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY